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  • Commentaires de Jules César sur la guerre des Gaules – Livre 7

    Tentative (évaluation de faisabilité) d’une nouvelle traduction archéo-narrative moderne coproduite et augmentée avec l’intelligence artificielle par David ROMEUF, dernière mise à jour 20/12/2025.

    Chaque chapitre est présenté avec la version du texte en latin (Thomas Rice Edward Holmes, 1914), une adaptation archéo-narrative en français générée par des prompts spécifiques de l’auteur, une ou plusieurs images générées pour illustrer le chapitre. Le but est aussi d’obtenir un texte accessible en première lecture. Le texte finale est parfois modifié par l’auteur, le processus n’est pas totalement automatique.

    Si le lecteur souhaite une traduction plus littérale du texte, il pourra consulter les traductions classiques de Désiré NISARD (1861), Camille ROUSSET (1872), Léopold-Albert CONSTANS (1926), ainsi que celle du Professeur Yann LE BOHEC (2009).

    Avertissement : Les images illustrant cet article sont des reconstitutions d’une scène antique, interprétées et générées par intelligence artificielle graphique à partir des sources écrites. Ces représentations demeurent hypothétiques surtout pour le monde gaulois : l’archéologue ne met au jour que des traces au sol et quelques indices, tandis que la partie située au-dessus du sol est une représentation interprétative et imaginative, élaborée à partir des indices des fouilles. Les images ont été générées à partir de prompts rédigés et optimisés par l’auteur (DR), et envoyés au modèle Nano Banana Pro 3 Image en décembre 2025, ou OpenAI GPT Image 1.5 (DALL·E auparavant). Nous choisissons de conserver le watermark IA Gemini afin de ne pas induire les lecteurs en erreur. Ces images sont issues du travail des scientifiques et ingénieurs de Google, des sciences et des technologies, guidé par nos prompts optimisés. Elles sont souvent obtenues après plusieurs itérations lorsque le visuel proposé par la cervelle numérique ne correspond pas aux souhaits de l’auteur. La création texte et images d’un chapitre peut prendre plusieurs heures car l’outil n’est pas encore totalement automatique et nos souhaits ne sont pas forcément bien exprimés dès le premier run. Comme un illustrateur humain et selon son apprentissage, une IA générative peut commettre des erreurs d’anachronisme et d’archétypes dans la représentation des armements (casque à cornes pour les gaulois, étriers pour les montures, garde nez pour les casques, panache rouge péplum…), des vêtements ou des objets. Si une erreur nous a échappé alors que nous pensions l’image exploitable en l’état (sans viser la perfection), merci d’en informer l’auteur en fournissant un argumentaire.

    Un vrai problème demeure : l’identité et l’apparence physique de Vercingétorix et, dans une moindre mesure, de César. Pour Jules César, nous disposons des bustes dits du forum de Tusculum et d’Arles, ainsi que des sources antiques comme Suétone (Livre XLV) qui lui prête une haute stature, le teint blanc, les membres bien faits, le visage un peu trop plein et les yeux noirs et vifs. Pour Vercingétorix, nous nous appuyons sur une brève description de Dion Cassius dans son Histoire romaine (Livre 40, Chapitre 41) ou Lucius Annaeus Florus dans son Abrégé de l’histoire romaine (Livre 3, Chapitre 11), le dépeignant avec une haute stature et un aspect imposant sous les armes. Nous disposons également des statères d’or frappés à son nom, où il apparaît imberbe avec les cheveux bouclés, tel un Apollon grec, ou encore du denier de Lucius Hostilius Saserna (48 av. J.-C.). Ce dernier montre une tête de guerrier gaulois, parfois interprétée comme étant celle de Vercingétorix lors de son exhibition à Rome en 46 av. J.-C. Il reste également les débats interminables sur sa pilosité et ses couleurs : était-il brun aux yeux noirs, blond aux yeux bleus, roux aux yeux verts, ou châtain aux yeux marron ? Pourquoi brun et pourquoi pas blond ? Pourquoi brun et pourquoi pas châtain ? Pourquoi brun et pourquoi pas roux ? Peau très blanche ou mate ? En réalité, nous n’en savons rien, car nous ne disposons pas de son ADN non plus.

    En 2020, grâce aux premiers outils graphiques d’IA disponibles comme Artbreeder (basé sur un StyleGAN), nous avions pu proposer des restitutions de leurs visages, avec toutes les réserves d’usage. Nous avions alors préféré confier ces choix au moteur StyleGAN2, entraîné principalement avec les dizaines de milliers d’images du dataset FFHQ, en espérant qu’il puisse extrapoler des traits cohérents et les plus probables grâce à son apprentissage.

    Dans les images présentes sur cette page, nous n’avons pas cherché à imposer un visage définitif à Vercingétorix ou à César, car il est impossible de les représenter avec une certitude photoréaliste.

    Proposition de restitution des visages de Jules César à gauche et Vercingétorix à droite par David ROMEUF en 2020 à l’aide d’Artbreeder basé sur StyleGAN. Crédits photos : collection numismatique du Palais des Beaux-Arts de Lille pour le denier Saserna représentant le gaulois, Musei Reali, Museo di Antichità de Turin pour le buste découvert au forum de Tusculum de Jules César.

    Table des matières

    Livre 7, Chapitre 1

    [Janvier 52 av. J.-C.] — Complot des chefs gaulois suite à l’assassinat de Clodius.

    [1] Quieta Gallia Caesar (Caius Julius Caesar), ut constituerat, in Italiam ad conventus agendos proficiscitur. Ibi cognoscit de Clodii (Publius Clodius Pulcher) caede [de] senatusque consulto certior factus, ut omnes iuniores Italiae coniurarent, delectum tota provincia habere instituit. [2] Eae res in Galliam Transalpinam celeriter perferuntur. Addunt ipsi et adfingunt rumoribus Galli, quod res poscere videbatur, retineri urbano motu Caesarem (Caius Julius Caesar) neque in tantis dissensionibus ad exercitum venire posse. [3] Hac impulsi occasione, qui iam ante se populi Romani imperio subiectos dolerent liberius atque audacius de bello consilia inire incipiunt. [4] Indictis inter se principes Galliae conciliis silvestribus ac remotis locis queruntur de Acconis morte; [5] posse hunc casum ad ipsos recidere demonstrant: miserantur communem Galliae fortunam: omnibus pollicitationibus ac praemiis deposcunt qui belli initium faciant et sui capitis periculo Galliam in libertatem vindicent. [6] In primis rationem esse habendam dicunt, priusquam eorum clandestina consilia efferantur, ut Caesar (Caius Julius Caesar) ab exercitu intercludatur. Id esse facile, [7] quod neque legiones audeant absente imperatore ex hibernis egredi, neque imperator sine praesidio ad legiones pervenire possit; [8] postremo in acie praestare interfici quam non veterem belli gloriam libertatemque quam a maioribus acceperint recuperare.

    Assassinat de Publius Clodius Pulcher près de Rome (Asconius 31C), début décembre 53 BC Julien. Via Appia : Clodius Pulcher, blessé près du sanctuaire de la Bona Dea lors d’une rixe avec le convoi de son rival Milon, et réfugié dans une auberge de Bovillae, est extrait de force dehors par les esclaves de Milon. Il sera achevé et son corps abandonné au bord de la route, déclenchant une crise politique majeure à Rome.
    La nouvelle des troubles à Rome se répand en Gaule, César serait retenu par les événements, il faut en profiter.

    Tandis que la Gaule semble figée dans un calme précaire sous le givre de l’hiver, César, fidèle à son calendrier politique, franchit les Alpes pour présider ses conventus en Gaule Cisalpine. C’est là, dans l’effervescence des cités de la plaine du Pô, qu’il apprend le chaos qui ensanglante Rome : l’assassinat de Publius Clodius Pulcher sur la Via Appia. Face à l’anarchie urbaine, un sénatus-consulte d’urgence ordonne la levée en masse de la jeunesse italienne. César, saisissant l’opportunité de renforcer ses effectifs, ordonne aussitôt un recrutement intensif dans sa province.

    Le vent de la révolte porte ces nouvelles par-delà les cimes enneigées. Dans les oppida et les fermes aristocratiques, les murmures s’amplifient. Les notables gaulois, maîtres de la parole et du renseignement, brodent sur ces rumeurs : César serait pris au piège des querelles intestines de l’Urbs, incapable de rejoindre ses légions stationnées loin au nord.

    L’occasion est trop belle pour ceux qui supportent avec amertume le joug de la République. Loin des regards romains, au cœur de clairières isolées et de forêts impénétrables — sanctuaires naturels de la souveraineté gauloise — les principes des grandes nations celtiques se réunissent secrètement. L’ombre d’Acco, le chef gaulois Sénon exécuté par le supplice romain du bâton, fustigé et décapité quelques mois plus tôt, hante les discussions. « Son sort est le nôtre », s’alarment-ils en ajustant leurs sagi (manteaux de laine) agrafés par des fibules de bronze.

    Dans l’odeur de l’humus et sous la protection des divinités des forêts et des bois, ils jurent de libérer la Gaule. L’objectif est clair : abattre l’aigle. Avant que le secret ne s’ébruite, il faut isoler César de ses troupes. Ils savent que sans leur Imperator, les légions, enfermées dans leurs hiberna (quartiers d’hiver) aux remparts de terre et de bois, n’oseront manœuvrer. Quant à César, dépourvu d’une garde suffisante, il ne pourra jamais traverser une province insurgée. Pour ces aristocrates guerriers, la mort au combat, l’épée à la main, est désormais préférable à la perte de cette libertas dont leurs ancêtres, aux torques d’or, leur ont transmis la mémoire.

    Conciliabules des chefs gaulois au milieu des bois sacrés. C’est la guerre pour rendre la liberté à la Gaule.

    Livre 7, Chapitre 2

    [Fin janvier 52 av. J.-C.] — Pacte secret et serment des chefs gaulois chez les Carnutes.

    [1] His rebus agitatis profitentur Carnutes se nullum periculum communis salutis causa recusare principesque ex omnibus bellum facturos pollicentur et, [2] quoniam in praesentia obsidibus cavere inter se non possint ne res efferatur, ut iureiurando ac fide sanciatur, petunt, collatis militaribus signis, quo more eorum gravissima caerimonia continetur, ne facto initio belli ab reliquis deserantur. [3] Tum collaudatis Carnutibus, dato iureiurando ab omnibus qui aderant, tempore eius rei constituto ab concilio disceditur.

    Dans le secret d’une clairière ou sous le couvert d’une charpente massive, l’agitation des conciliabules cède la place à une résolution solennelle. Les Carnutes, dont le territoire abrite le cœur sacré de la Gaule, se lèvent. Leur décision est sans appel : pour le salut de la Confédération, ils braveront le premier choc. Puisque la prudence impose de ne pas échanger d’otages — ces gages humains dont la circulation entre cités trahirait immanquablement le complot aux oreilles des espions de César — les aristocrates réclament un engagement plus radical.

    S’ouvre alors la cérémonie la plus contraignante de leur droit guerrier. Les porte-enseignes s’avancent, portant haut des hampes surmontées de sangliers en tôle de bronze martelée, aux soies dressées et aux gueules menaçantes. Les porte-enseignes se réunissent au centre du cercle, entrecroisant les bois et les métaux dans un faisceau unique. Autour de ces icônes zoomorphes, qui incarnent l’honneur et l’âme même des clans combattants, tous les chefs présents jurent par une parole sacrée — la fides — de ne pas abandonner les Carnutes une fois le sang versé. Sous les acclamations étouffées de cette noblesse d’épée parée de braies de laine fine et de manteaux de type sagum agrafés par des fibules en fer, le pacte est scellé. La date du soulèvement général est fixée ; l’assemblée se dissout dans l’ombre, marquant le début de ce qui pourra devenir l’année la plus sanglante.

    Serments solennels sacrés en étendards réunis de tous les chefs gaulois alliés en rébellion. Après ces serments ils ne pouvaient plus revenir en arrière car il s’agit des liens les plus sacrés.

    Livre 7, Chapitre 3

    [Fin janvier 52 av. J.-C.] — Massacre de Cenabum : signal de l’insurrection générale gauloise

    [1] Vbi ea dies venit, Carnutes Cotuato et Conconnetodumno ducibus, desperatis hominibus, Cenabum signo dato concurrunt civesque Romanos, qui negotiandi causa ibi constiterant, in his Gaium Fufium Citam (Caius Fusius Cita), honestum equitem Romanum, qui rei frumentariae iussu Caesaris (Caius Julius Caesar) praeerat, interficiunt bonaque eorum diripiunt. [2] Celeriter ad omnes Galliae civitates fama perfertur. Nam ubicumque maior atque illustrior incidit res, clamore per agros regionesque significant; hunc alii deinceps excipiunt et proximis tradunt, ut tum accidit. [3] Nam quae Cenabi oriente sole gesta essent, ante primam confectam vigiliam in finibus Arvernorum audita sunt, quod spatium est milium passuum circiter centum LX.

    Le jour n’est pas encore levé, à l’aube, sur l’emporion de Cenabum (Orléans), ce carrefour fluvial névralgique où la Loire courbe son échine pour embrasser les plaines de Beauce. Dans l’air glacial de cette fin du mois de janvier, les brumes du fleuve enveloppent encore les entrepôts de bois et les maisons à pans de bois serrées derrière le murus gallicus. Au signal convenu, les Carnutes, guidés par leurs chefs Cotuatos et Conconnetodumnos, se ruent sur la ville et massacrent les Romains.

    Le massacre est fulgurant. Les negotiatores romains, surpris dans leur sommeil ou tentant de saisir leurs glaives, sont passés par le fil de l’épée. Parmi eux tombe Gaius Fufius Cita, un chevalier romain de haut rang. Ce n’est pas un simple commerçant : en tant que responsable de l’annone, il gérait les flux de blé indispensables au ravitaillement des légions. Son exécution est un acte de guerre logistique. Le port est mis à sac, les réserves de grains confisquées, et les biens des citoyens romains dispersés comme butin sacré.

    À Cénabum, les Carnutes, menés par Cotuatos et Conconnétodumnos, déclenchent le massacre des marchands romains et pillent leurs biens, tuant notamment Caïus Fufius Cita, intendant des vivres nommé par César.

    Alors que le soleil franchit l’horizon, l’irréparable est accompli. L’étincelle de la révolte ne reste pas confinée aux murs de l’oppidum. Elle se transforme en une onde sonore physique. Selon une coutume ancestrale de relais acoustique, les paysans postés dans les pagi hurlent la nouvelle à plein gosier à travers les champs gelés. Le cri, capté par des veilleurs postés sur les hauteurs, est transmis de ferme en hameau. Cette onde de choc vocale franchit les forêts et les vallées avec une vitesse que les Romains jugent prodigieuse : alors que le massacre a eu lieu à l’aurore, la nouvelle atteint les frontières des Arvernes avant la fin de la première veille, au crépuscule. Le message a parcouru cent soixante milles, soit près de deux cent quarante kilomètres, en moins de quinze heures.

    Les cavaliers messagers gaulois partent répandre la nouvelle.
    Les veilleurs gaulois postés sur les hauteurs hurlent et relayent la nouvelle à plein gosier à travers les champs et les vallées gelés.

    Livre 7, Chapitre 4

    [Fin Janvier 52 av. J.-C.] — Vercingétorix s’empare de Gergovie et organise l’insurrection gauloise.

    [1] Simili ratione ibi Vercingetorix, Celtilli filius, Arvernus, summae potentiae adulescens, cuius pater principatum Galliae totius obtinuerat et ob eam causam, quod regnum appetebat, ab civitate erat interfectus, convocatis suis clientibus facile incendit. [2] Cognito eius consilio ad arma concurritur. Prohibetur ab Gobannitione, patruo suo, reliquisque principibus, qui hanc temptandam fortunam non existimabant; expellitur ex oppido Gergovia; [3] non destitit tamen atque in agris habet dilectum egentium ac perditorum. Hac coacta manu, quoscumque adit ex civitate ad suam sententiam perducit; [4] hortatur ut communis libertatis causa arma capiant, magnisque coactis copiis adversarios suos a quibus paulo ante erat eiectus expellit ex civitate. [5] Rex ab suis appellatur. Dimittit quoque versus legationes; obtestatur ut in fide maneant. [6] Celeriter sibi Senones, Parisios, Pictones, Cadurcos, Turonos, Aulercos, Lemovices, Andos reliquosque omnes qui Oceanum attingunt adiungit: omnium consensu ad eum defertur imperium. [7] Qua oblata potestate omnibus his civitatibus obsides imperat, certum numerum militum ad se celeriter adduci iubet, [8] armorum quantum quaeque civitas domi quodque ante tempus efficiat constituit; in primis equitatui studet. [9] Summae diligentiae summam imperi severitatem addit; magnitudine supplici dubitantes cogit. [10] nam maiore commisso delicto igni atque omnibus tormentis necat, leviore de causa auribus desectis aut singulis effossis oculis domum remittit, ut sint reliquis documento et magnitudine poenae perterreant alios.

    Fin Janvier, sur les hauteurs des oppida Arvernes, l’ombre de Celtillos qui avait dominé toute la Gaule, plane encore sur les assemblées. Son fils, le jeune Vercingétorix, dont le prestige est rehaussé par la maîtrise des réseaux aristocratiques, décide de briser le statu quo. Réunissant ses clients et ambacti — ces compagnons d’armes liés par un serment sacré de fidélité — il attise le feu de la révolte.

    Vercingétorix, expulsé de Gergovie par son oncle Gobannitio et les chefs prudents, rallie ses fidèles pour poursuivre son ambition et son projet.

    Mais à Gergovie, l’oppidum-forteresse aux remparts de pierres sèches, l’accueil est glacial. Son oncle Gobannitio et l’oligarchie locale, prudents gestionnaires de la paix romaine, redoutent de voir la fortune de leur cité s’effondrer. Ils expulsent le jeune trublion hors des portes de la ville. Loin de renoncer, Vercingétorix s’enfonce dans les campagnes environnantes. Il n’y recrute pas une simple populace, mais une force de frappe composée de guerriers, de paysans ruinés, d’hommes déclassés, et de cadets de grandes familles en quête de gloire.

    Vercingétorix en pleine préparation de la logistique militaire. Autour du Rex, les tribus venues se rallier présentent leurs contingents et leurs nouveaux stocks d’armes, épées, boucliers, lances…

    Fort de cette escorte, il reprend Gergovie par la force et un renversement politique armé, évinçant à son tour les partisans du compromis. Proclamé Rex — un titre de commandement suprême plutôt que de royauté héréditaire — il déploie une logistique d’une efficacité redoutable. Il coordonne une vaste confédération gauloise avec les Sénons, les Parisii, les Pictons, les Cadurques, les Turons, les Aulerques, les Lémovices, les Andes, et tous les peuples au bord de l’Océan, imposant à chaque cité des quotas d’otages et de production : ici, des épées, là, des fers de lance, des armes blanches, des pointes de javelot, des boucliers renforcés. Son obsession reste la cavalerie, l’élite de la guerre celtique, dont il exige le renforcement immédiat. Vercingétorix exige des délais extrêmement courts pour livrer armes et cavaliers.

    La justice martiale contre les fautes légère, une oreille coupée, un œil crevé.

    Pour cimenter cette coalition encore fragile, il use d’une justice martiale totalement impitoyable : les traîtres périssent dans les flammes des bûchers, tandis que les récalcitrants sont renvoyés chez eux les oreilles tranchées ou un œil crevé — stigmates indélébiles destinés à rappeler, dans chaque village de Gaule, que l’heure n’est plus à la discorde, mais à la survie collective face à l’ombre grandissante des aigles de César.

    La justice martiale contre les fautes graves, c’est la mort par le feu et de violents supplices.

    Livre 7, Chapitre 5

    [Début Février 52 av. J.-C.] — Défection des Bituriges Cubes et duplicité des Héduens sur la Loire.

    [1] His suppliciis celeriter coacto exercitu Lucterium Cadurcum, summae hominem audaciae, cum parte copiarum in Rutenos mittit; ipse in Bituriges proficiscitur. Eius adventu Bituriges ad Aeduos, [2] quorum erant in fide, legatos mittunt subsidium rogatum, quo facilius hostium copias sustinere possint. [3] Aedui de consilio legatorum, quos Caesar (Caius Julius Caesar) ad exercitum reliquerat, copias equitatus peditatusque subsidio Biturigibus mittunt. [4] Qui cum ad flumen Ligerim venissent, quod Bituriges ab Aeduis dividit, paucos dies ibi morati neque flumen transire [5] ausi domum revertuntur legatisque nostris renuntiant se Biturigum perfidiam veritos revertisse, quibus id consili fuisse cognoverint, ut, si flumen transissent, una ex parte ipsi, altera Arverni se circumsisterent. [6] Id eane de causa, quam legatis pronuntiarunt, an perfidia adducti fecerint, quod nihil nobis constat, non videtur pro certo esse proponendum. [7] Bituriges eorum discessu statim cum Arvernis iunguntur.

    Vercingétorix, ayant cimenté son autorité par une discipline de fer — où la mutilation et l’exécution rituelle servent de leviers à la mobilisation — parvient à lever une armée composite en un temps record. Il projette Luctérios, chef des Cadurques à l’audace quasi suicidaire, vers les cités des Rutènes du sud de la Gaule avec une colonne légère. Lui-même, le Rex, s’enfonce au cœur du pays des Bituriges Cubes, dont les oppida dominent les plus riches gisements de fer de Gaule centrale.

    En ce mois de février 52 BC, face à cette menace de Vercingétorix, les Bituriges Cubes se tournent vers leurs protecteurs, les Héduens. Ils invoquent la fides, ce lien de clientèle sacrée qui les unit. Les Héduens, après avoir pris conseil auprès des légats romains restés en quartiers d’hiver avec les légions, finissent par envoyer des troupes auxiliaires, un contingent de cavalerie accompagné d’infanterie afin de protéger les Bituriges.

    Arrivées sur les berges de la Loire, dont les eaux de crue hivernales charrient débris et boue, les troupes héduennes s’immobilisent. Pendant quelques jours, les cavaliers scrutent les tourbillons du fleuve-frontière, hésitant à engager leurs montures ou à réquisitionner des barques. Puis, soudainement, ils font demi-tour.

    La Loire infranchissable par les Héduens pour défendre les Bituriges de la menace supposée de Vercingétorix.

    De retour dans leurs foyers héduens, ils affirment aux officiers de César avoir découvert un piège : un projet de manœuvre en tenaille où les Bituriges et les Arvernes les auraient broyés sitôt la Loire franchie. Prudence réelle face à un guet-apens des gaulois insurgés, ou calcul politique d’une élite héduenne déjà travaillée par la révolte ? Perfidie des Bituriges, duplicité et connivence secrète des Héduens avec Vercingétorix, volonté de trahir Rome ? Une chose est certaine : sitôt les Héduens repliés, les Bituriges Cubes jettent le masque et scellent leur alliance avec Vercingétorix.

    Livre 7, Chapitre 6

    [Début-Mi Février 52 av. J.-C.] — César rejoint Narbonne face au soulèvement général de la Gaule.

    [1] His rebus in Italiam Caesari (Caius Julius Caesar) nuntiatis, cum iam ille urbanas res virtute Cn. Pompei (Cnaeus Pompeius Magnus) commodiorem in statum pervenisse intellegeret, in Transalpinam Galliam profectus est. [2] Eo cum venisset, magna difficultate adficiebatur, qua ratione ad exercitum pervenire posset. [3] Nam si legiones in provinciam arcesseret, se absente in itinere proelio dimicaturas intellegebat; [4] si ipse ad exercitum contenderet, ne eis quidem eo tempore qui quieti viderentur suam salutem recte committi videbat.

    Lorsque les rapports alarmants sur le soulèvement général de la Gaule parvinrent à César en Gaule Cisalpine, dans ses provinces d’Italie du Nord, il comprit que les troubles les plus violents qui agitaient Rome s’étaient provisoirement apaisés. Grâce à l’autorité exceptionnelle conférée à Cnaeus Pompée, nommé consul unique, l’ordre public avait été rétabli dans l’Urbs. Sans être totalement assuré sur ses arrières politiques, César jugea néanmoins que le danger le plus immédiat se trouvait désormais en Gaule Transalpine.

    Accompagné de sa garde personnelle, il franchit donc les Alpes avec célérité et atteignit la Provincia Romana dont la ville principale était Narbonne. Il se trouva confronté à un dilemme stratégique majeur : comment rejoindre son corps de bataille principal ? La plupart de ses légions étaient alors dispersées en quartiers d’hiver loin au nord, principalement dans les territoires des Lingons et chez d’autres peuples de la Gaule centrale, à proximité des régions déjà gagnées par l’agitation. La révolte s’étendait rapidement, et nul ne pouvait plus être tenu pour sûr.

    César franchit les Alpes rapidement accompagné de sa garde personnelle pour rejoindre la Province, au sud de la Gaule.

    Le risque était double et extrême. S’il ordonnait à ses troupes de descendre vers le sud afin de le rallier dans la Province, il savait que ces lourdes colonnes de fantassins, entravées par leurs vastes trains de bagages (impedimenta) composés de centaines de mules et de chariots, progresseraient lentement à travers des territoires de plus en plus hostiles, exposées aux attaques et aux désertions, sans qu’il pût leur porter secours. À l’inverse, s’il tentait de s’élancer lui-même vers le nord avec une escorte réduite de cavaliers, il s’exposait personnellement à un danger mortel : même les peuples de la Province, jusqu’alors fidèles, semblaient vaciller sous l’influence de l’insurrection générale, et il ne pouvait plus se fier entièrement à leur loyauté.

    Les chefs de la coalition gauloise avaient parfaitement compris cette vulnérabilité : toute leur stratégie reposait sur le maintien de cette séparation entre César et ses légions.

    Livre 7, Chapitre 7

    [Début-Mi Février 52 av. J.-C.] — Sécurisation de Narbonne et déploiement défensif face à Luctérios.

    [1] Interim Lucterius Cadurcus in Rutenos missus eam civitatem Arvernis conciliat. [2] Progressus in Nitiobriges et Gabalos ab utrisque obsides accipit et magna coacta manu in provinciam Narbonem versus eruptionem facere contendit. [3] Qua re nuntiata Caesar (Caius Julius Caesar) omnibus consiliis antevertendum existimavit, ut Narbonem proficisceretur. [4] Eo cum venisset, timentes confirmat, praesidia in Rutenis provincialibus, Volcis Arecomicis, Tolosatibus circumque Narbonem, quae loca hostibus erant finitima, constituit; [5] partem copiarum ex provincia supplementumque, quod ex Italia adduxerat, in Helvios, qui fines Arvernorum contingunt, convenire iubet.

    Pendant que la révolte s’organisait au cœur de la Gaule, le Cadurque Luctérios — l’âme damnée de Vercingétorix — menait une offensive diplomatique et militaire foudroyante vers le sud. Pénétrant chez les Rutènes, il parvint, par la menace ou l’alliance, à rallier une partie des Rutènes à la cause arverne. Sa progression ne s’arrêta pas là : il s’enfonça chez les Gabales et jusqu’aux Nitiobroges, exigeant d’eux des otages pour garantir leur fidélité. Ayant ainsi levé une armée hétéroclite mais nombreuse, composée de guerriers équipés, il se mit en marche vers Narbonne, avec l’intention manifeste de briser le verrou de la Province romaine par une invasion brutale.

    Luctérios chez les Rutènes (Tarn, Aveyron).

    Dès que la nouvelle de cette menace sur le port stratégique de Narbonne lui parvint, César comprit qu’il devait abandonner tous ses autres projets. La sécurité de la Province, base arrière vitale de ses légions, devint sa priorité absolue. Il se jeta sur la route de Narbo Martius. À son arrivée, il trouva une population civile et des colons romains saisis de panique. Par ses harangues et sa présence, il raffermit les courages ébranlés.

    César qui rassure les habitants de Narbo Martius.

    César ne se contenta pas de paroles : il verrouilla militairement la frontière. Il établit des postes fortifiés (praesidia) chez les Rutènes restés fidèles à Rome, chez les Volques Arécomiques et les Tolosates, quadrillant ainsi tout l’arrière-pays de Narbonne, alors directement menacé par l’avant-garde gauloise. Simultanément, il ordonna une manœuvre de contre-pression stratégique : il dépêcha une partie des troupes provinciales et les nouvelles recrues qu’il venait de lever en Italie — de jeunes légionnaires encore peu aguerris — vers le territoire des Helviens. Ces derniers, par leur position géographique aux pieds des Cévennes enneigées, touchaient directement aux frontières sud des Arvernes, plaçant ainsi une menace directe sur le flanc de Vercingétorix.

    Livre 7, Chapitre 8

    [Mi-Fin Février 52 av. J.-C.] — César franchit les Cévennes enneigées et surprend les Arvernes.

    [1] His rebus comparatis, represso iam Lucterio et remoto, quod intrare intra praesidia periculosum putabat, in Helvios proficiscitur. [2] Etsi mons Cevenna, qui Arvernos ab Helviis discludit, durissimo tempore anni altissima nive iter impediebat, tamen discussa nive sex in altitudinem pedum atque ita viis patefactis summo militum sudore ad fines Arvernorum pervenit. [3] Quibus oppressis inopinantibus, quod se Cevenna ut muro munitos existimabant, ac ne singulari quidem umquam homini eo tempore anni semitae patuerant, equitibus imperat, ut quam latissime possint vagentur et quam maximum hostibus terrorem inferant. [4] Celeriter haec fama ac nuntiis ad Vercingetorigem perferuntur; quem perterriti omnes Arverni circumsistunt atque obsecrant, ut suis fortunis consulat, neve ab hostibus diripiantur, praesertim cum videat omne ad se bellum translatum. [5] Quorum ille precibus permotus castra ex Biturigibus movet in Arvernos versus.

    Après avoir verrouillé la province Narbonnaise et contraint Luctérios au repli — le chef cadurque n’osant plus s’aventurer face à la ligne de postes de garde fortifiés que les Romains venaient de réorganiser —, César gagne le pays des Helviens (sud de l’Ardèche). Nous sommes alors au cœur d’un hiver d’une rigueur exceptionnelle. Le massif des Cévennes, cette muraille géologique qui dresse ses sommets entre les Helviens et les Arvernes, est alors noyé sous des amoncellements de neige atteignant six pieds de haut [environ 1,80 m], obstruant totalement les sentiers, voie et chemins.

    De la terre des Helviens à celle des Arvernes, le convoi romain s’avance par les sentiers enneigés des Cévennes.
    Les soldats romains creusent une tranchée dans des congères de près de 1,8 mètres pour ouvrir la voie à César vers la frontière Arverne.

    César refuse pourtant de contourner l’obstacle, conscient que la surprise tactique est sa seule arme. Sous un froid mordant de fin février, il ordonne à ses légionnaires de forcer le passage. Dans une atmosphère étouffante de givre et de vapeur, les hommes, enveloppés dans leurs lourds manteaux de laine (saga), dégagent la voie à la force des bras. Utilisant leurs outils de terrassement pour fendre et rejeter les congères, ils écartent et dissipent la neige, ouvrent des tranchées au prix d’un effort épuisant. À la sueur des soldats, la route est littéralement excavée dans la glace jusqu’à ce que l’armée débouche enfin sur un col et les hauts plateaux, frontière du territoire des Arvernes.

    Les espions gaulois sont stupéfaits de voir la colonne romaine surgir au sommet du col marquant la frontière Arverne.

    Cette irruption soudaine frappe les populations de stupeur. Les Arvernes se croyaient protégés par la montagne comme par un rempart infranchissable ; de mémoire d’homme, jamais un voyageur, même isolé et léger, n’avait été vu sur ces chemins en une telle saison. César, voulant transformer ce choc psychologique en panique généralisée, libère sa cavalerie : il ordonne à ses escadrons de rayonner le plus loin possible dans les campagnes pour rayonner largement et porter le maximum de terreur, ravager les campagnes arvernes.

    La cavalerie romaine sème la terreur en ravageant la campagne arverne.

    L’onde de choc atteint rapidement le chef gaulois, alors stationné chez les Bituriges Cubes au centre de la Gaule. Les Arvernes, terrifiés par la dévastation de leurs domaines et la menace directe pesant sur leurs familles, entourent Vercingétorix. Ils le conjurent de voler à leur secours et de ne pas les livrer aux pillages, d’autant que le centre de gravité de la guerre vient de basculer brutalement sur leurs propres terres. Cédant à la pression politique de son peuple, Vercingétorix lève le camp et quitte le pays des Bituriges Cubes pour faire mouvement vers le sud, en direction du territoire Arverne.

    Livre 7, Chapitre 9

    [Fin Février-Début Mars 52 av. J.-C.] — Concentration des légions romaines et siège gaulois de Gorgobina.

    [1] At Caesar (Caius Julius Caesar) biduum in his locis moratus, quod haec de Vercingetorige usu ventura opinione praeceperat, per causam supplementi equitatusque cogendi ab exercitu discedit; Brutum (Decimus Junius Brutus Albinus) adulescentem his copiis praeficit; [2] hunc monet, ut in omnes partes equites quam latissime pervagentur: daturum se operam, ne longius triduo ab castris absit. [3] His constitutis rebus suis inopinantibus quam maximis potest itineribus Viennam pervenit. [4] Ibi nactus recentem equitatum, quem multis ante diebus eo praemiserat, neque diurno neque nocturno itinere intermisso per fines Aeduorum in Lingones contendit, ubi duae legiones hiemabant, ut, si quid etiam de sua salute ab Aeduis iniretur consili, celeritate praecurreret. [5] Eo cum pervenisset, ad reliquas legiones mittit priusque omnes in unum locum cogit quam de eius adventu Arvernis nuntiari posset. [6] Hac re cognita Vercingetorix rursus in Bituriges exercitum reducit atque inde profectus Gorgobinam, Boiorum oppidum, quos ibi Helvetico proelio victos Caesar (Caius Julius Caesar) collocaverat Aeduisque attribuerat, oppugnare instituit.

    César ne prolongea son séjour chez les Arvernes que deux jours. Ayant anticipé par intuition tactique que Vercingétorix retournerait protéger sa tribu, il mit en place un stratagème pour masquer son propre départ. Prétextant la nécessité urgente de lever de nouveaux contingents et de regrouper sa cavalerie auxiliaire, il quitta le gros de l’armée. Il confia le commandement des troupes sur place au jeune Brutus (Decimus Junius Brutus Albinus), un officier de confiance, avec une consigne de harcèlement stricte : les cavaliers romains et auxiliaires devaient s’éparpiller dans toutes les directions pour simuler une présence très étendue et inquiéter l’ennemi. César promit de réintégrer le camp sous trois jours, un délai destiné à maintenir la vigilance de ses propres hommes autant qu’à tromper le renseignement gaulois.

    César passe par Vienne pour retrouver sa cavalerie auxiliaire fraiche.

    Une fois ces ordres donnés, et alors que personne ne s’y attendait, César fila vers le nord-est à marches forcées. Il atteignit Vienne, sur le Rhône, où il retrouva un corps de cavalerie fraîche qu’il avait envoyé là en avant-garde plusieurs jours auparavant. Sans accorder le moindre repos à ses hommes, il entama une chevauchée fulgurante vers le nord, progressant de jour comme de nuit sans aucune interruption du rythme de marche.

    César et sa cavalerie arrive dans un camp hiberna chez les Lingons.

    Il traversa au galop le territoire des Héduens pour rejoindre le pays des Lingons (dans la région de Langres, Haute-Marne), où deux de ses légions hivernaient sous leurs hiberna en quartiers d’hiver semi-permanents. Cette précipitation visait un but politique précis : César redoutait que les Héduens, dont la fidélité vacillait sous la pression de la révolte, ne complotent contre sa vie. Par sa vitesse, il leur ôtait toute capacité de réaction. À peine arrivé chez les Lingons, il envoya des courriers rapides aux autres légions pour ordonner une concentration immédiate de toutes ses forces en un point unique. Il réussit ainsi à regrouper son armée entière avant même que la nouvelle de son arrivée ne parvienne aux Arvernes.

    Informé de ce regroupement imprévu, Vercingétorix changea ses plans. Il ramena ses guerriers chez les Bituriges Cubes. De là, il décida de marcher sur Gorgobina (Sancerre, Saint-Satur), la place forte des Boïens. Cette nation, vaincue autrefois lors de la migration des Helvètes et établie ici par César sous la tutelle des Héduens, devenait la cible d’une attaque punitive destinée à provoquer le général romain et l’obliger à réagir.

    Livre 7, Chapitre 10

    [Fin Février-Début Mars 52 av. J.-C.] — César quitte Agedincum pour secourir les Boïens à Gorgobina

    [1] Magnam haec res Caesari (Caius Julius Caesar) difficultatem ad consilium capiendum adferebat, si reliquam partem hiemis uno loco legiones contineret, ne stipendiariis Aeduorum expugnatis cuncta Gallia deficeret, quod nullum amicis in eo praesidium videretur positum esse; si maturius ex hibernis educeret, ne ab re frumentaria duris subvectionibus laboraret. [2] Praestare visum est tamen omnis difficultates perpeti, quam tanta contumelia accepta omnium suorum voluntates alienare. [3] Itaque cohortatus Aeduos de supportando commeatu praemittit ad Boios qui de suo adventu doceant hortenturque ut in fide maneant atque hostium impetum magno animo sustineant. [4] Duabus Agedinci legionibus atque impedimentis totius exercitus relictis ad Boios proficiscitur.

    Cette offensive de Vercingétorix contre Gorgobina plongeait César dans un dilemme stratégique majeur. Sa marge de manœuvre était étroite : s’il restait sur la défensive avec ses forces d’une dizaine de légions cantonnées pour l’hiver, il risquait de voir le peuple des Boïens — placés sous la protection, dépendants des Héduens et alliés de Rome — écrasé par les forces de la coalition arverne. Un tel abandon serait un signal de faiblesse désastreux : toute la Gaule, voyant que l’amitié de Rome n’offre aucun rempart contre l’insurrection, aurait basculé dans la révolte. À l’inverse, une sortie précipitée en pleine saison hivernale aurait exposé l’armée à de graves difficultés logistiques. Les légions, arrachées à leurs quartiers d’hiver, se seraient retrouvées sur des chemins détrempés, où la boue engloutissait les roues des chariots. Les rivières, gonflées par les pluies et les crues, rendaient les traversées périlleuses, voire impossibles. Dans ces conditions, acheminer le blé et les vivres nécessaires à des milliers d’hommes devenait une entreprise incertaine, menaçant la subsistance des troupes et, par conséquent, la réussite de toute campagne.

    Pourtant, César trancha : il préféra affronter les rigueurs du climat et de la faim plutôt que de subir l’affront politique d’une défection générale de ses alliés. Il pressa les chefs héduens de mobiliser immédiatement leurs convois de ravitaillement et exigea du blé et des vivres, puis envoya des messagers aux Boïens assiégés. Il leur annonçait son arrivée imminente, les exhortant à ne pas rompre leur alliance avec Rome et à tenir bon, derrière leurs défenses, face à la pression ennemie.

    Pour secourir les Boïens assiégés, César rassemble ses légions à Agedincum. Il y laisse deux légions en garnison avec l’ensemble des impedimenta, puis marche allégé vers Gorgobina.

    Fin février 52 BC, une fois regroupé et afin de gagner en célérité, César prit une décision logistique radicale : il laissa à Agedincum (Sens) deux légions sous commandement d’un légat, ainsi que l’intégralité du matériel lourd (bagages, chariots, équipements de campement, réserves) et les effets personnels des légionnaires. Libéré du poids de ses bagages laissé dans cette base arrière, le corps expéditionnaire se mit en marche vers le pays des Boïens.

    César en marche vers le pays de Boïens avec ses légions ici le long de l’Yonne (Icauna en gaulois).

    Livre 7, Chapitre 11

    [Fin février 52 av. J.-C. / Début mars 52 av. J.-C.] — Prise de Vellaunodunum et sac/massacre punitif de Cénabum.

    [1] Altero die cum ad oppidum Senonum Vellaunodunum venisset, ne quem post se hostem relinqueret, quo expeditiore re frumentaria uteretur, oppugnare instituit idque biduo circumvallavit; [2] tertio die missis ex oppido legatis de deditione arma conferri, iumenta produci, sescentos obsides dari iubet. [3] Ea qui conficeret, C. Trebonium (Caius Trebonius) legatum relinquit. Ipse, ut quam primum iter faceret, Cenabum Carnutum proficiscitur; [4] qui tum primum allato nuntio de oppugnatione Vellaunoduni, cum longius eam rem ductum iri existimarent, praesidium Cenabi tuendi causa, quod eo mitterent, comparabant. Huc biduo pervenit. [5] Castris ante oppidum positis diei tempore exclusus in posterum oppugnationem differt quaeque ad eam rem usui sint militibus imperat [6] et, quod oppidum Cenabum pons fluminis Ligeris contingebat, veritus ne noctu ex oppido profugerent, duas legiones in armis excubare iubet. [7] Cenabenses paulo ante mediam noctem silentio ex oppido egressi flumen transire coeperunt. Qua re per exploratores nuntiata Caesar (Caius Julius Caesar) legiones [8] quas expeditas esse iusserat portis incensis intromittit atque oppido potitur, perpaucis ex hostium numero desideratis quin cuncti caperentur, quod pontis atque itinerum angustiae multitudinis fugam intercluserant. [9] Oppidum diripit atque incendit, praedam militibus donat, exercitum Ligerem traducit atque in Biturigum fines pervenit.

    Le lendemain, César atteint Vellaunodunum1, une place forte de la tribu des Sénons. Son intention est purement stratégique : il refuse de laisser un foyer de résistance des Gaulois sur ses arrières qui pourrait couper ses lignes de communication et menacer son approvisionnement en grain et vivres. Sans attendre, il ordonne l’investissement de l’oppidum. En quarante-huit heures, ses légionnaires, maniant la pelle et le pioche-hache dolabra, achèvent une circonvallation — une ligne continue de fossés, d’obstacles et de palissades de bois autour de la place forte — isolant totalement l’oppidum.

    Au troisième matin, les chefs de la cité, réalisant l’inutilité d’une résistance face à un tel déploiement technique, envoient des parlementaires. César impose des conditions de reddition sans appel : le désarmement complet de la garnison, la livraison des chevaux et des bêtes de somme pour porter les charges, et la remise de six cents otages pour garantir leur fidélité. Il confie l’exécution de ces clauses à son légat Caius Trébonius et, poussé par une urgence tactique, il reprend immédiatement la route vers le sud-ouest.

    Les légionnaires creusent un profond fossé et élèvent l’agger de la circonvallation, tandis que, du haut du remblai recouvert des mottes d’herbe, le proconsul observe l’arrivée des parlementaires Sénons. Au loin, l’oppidum, protégé par son murus gallicus, se dresse avec ses archers sur le rempart.

    Fin février-début mars 52 BC, son objectif est Cénabum (Orléans), le cœur économique des Carnutes. Ces derniers, surpris par la foudre romaine, n’avaient pas anticipé une telle célérité. Convaincus que le siège de Vellaunodunum s’éterniserait, ils tentaient encore de rassembler une force de secours pour protéger leur cité. Mais César est déjà là : après seulement deux jours de marche forcée en arrivant par le nord, il établit son campement face aux remparts de Cénabum, situé sur la rive droite de la Loire.

    César et ses soldats dressent leur campement au nord, devant Cénabum enfermé derrière ses remparts.
    Restitution possible du pont de bois gaulois qui enjambe la Loire à Cénabum (Orléans), vue en direction du sud, la rive gauche.

    L’heure étant trop avancée pour lancer l’assaut au nord de Cénabum, César reporte l’action au lendemain par l’impossibilité tactique. Cependant, il identifie immédiatement le point faible de la défense : le pont de bois qui enjambe la Loire. Redoutant que les Carnutes ne profitent de l’obscurité pour évacuer la ville, franchir la Loire et se disperser par le sud (rive gauche), il ordonne à deux légions de rester sous les armes, prêtes à bondir de leurs retranchements.

    Les habitants de Cénabum tentent de fuir en masse par le pont qui franchit la Loire au sud. Il est probable que César ne dise pas tout : une partie de la cavalerie et des éclaireurs a pu passer sur la rive gauche par un autre gué ou passage possible, plus en amont ou en aval, afin de prendre les fugitifs à revers sur le pont (comme l’encerclement à Vellaunodunum). Comment, en effet, capturer toute une ville sans que la population ne s’échappe par l’unique sortie laissée libre ? Des cavaliers ont pu se dissimuler dans les bois ou derrière les replis du terrain sur la rive gauche au sud (Sologne). Dès que les éclaireurs ont signalé le mouvement sur le pont, ces cavaliers ont pu surgir pour bloquer la sortie sud du pont. Sans une présence romaine (éclaireurs et cavalerie) sur la rive gauche pour fermer la nasse, une partie des habitants se serait sans doute dispersée dans la nature.

    Au milieu de la nuit, le silence est rompu par le mouvement massif des habitants tentant de franchir le fleuve. Averti par ses éclaireurs, César ordonne l’attaque. Les légionnaires forcent les accès nord et s’engouffrent dans la ville par ces portes en feu. La panique est totale et les habitants se dirigent massivement vers le pont au sud. L’étroitesse du pont et des accès au fleuve créent un goulot d’étranglement mortel : la foule gauloise, piégée par ses propres infrastructures, est capturée en quasi-totalité.

    Les légionnaires romains capturent la quasi-totalité des gaulois qui tentent de fuir par le pont qui traverse la Loire au sud de Cénabum.

    En représailles au massacre des citoyens romains survenu quelques semaines plus tôt dans cette ville, César livre la ville au pillage et aux flammes. Le butin est distribué aux soldats pour maintenir leur moral avant la suite de la campagne. Puis, franchissant la Loire sur le pont désormais sécurisé, il pénètre sur le territoire des Bituriges Cubes.

    Les légionnaires romains pillent Cénabum.
    César et ses légions franchissent la Loire par le pont de Cénabum (rive droite/nord vers rive gauche/sud) des Carnutes et se dirigent vers le territoire des Bituriges Cubes.
    1. Vellaunodunum est d’emplacement incertain ; on le cherche généralement dans le Gâtinais, entre Sens et Orléans (secteur Montargis), plusieurs sites ayant été proposés sans consensus. Il est à deux jours de marche d’Agedincum (l’actuelle Sens). Sont évoqués : Montargis ou Triguères (Loiret), Château-Landon (Seine-et-Marne), Sceaux-du-Gâtinais, Beaune-la-Rolande. ↩︎

    Livre 7, Chapitre 12

    [Début Mars 52 av. J.-C.] — Reddition de Noviodunum avortée par l’arrivée de Vercingétorix.

    [1] Vercingetorix, ubi de Caesaris (Caius Julius Caesar) adventu cognovit, oppugnatione destitit atque obviam Caesari (Caius Julius Caesar) proficiscitur. [2] Ille oppidum Biturigum positum in via Noviodunum oppugnare instituerat. [3] Quo ex oppido cum legati ad eum venissent oratum ut sibi ignosceret suaeque vitae consuleret, ut celeritate reliquas res conficeret, qua pleraque erat consecutus, arma conferri, equos produci, obsides dari iubet. [4] Parte iam obsidum tradita, cum reliqua administrarentur, centurionibus et paucis militibus intromissis, qui arma iumentaque conquirerent, equitatus hostium procul visus est, qui agmen Vercingetorigis antecesserat. [5] Quem simul atque oppidani conspexerunt atque in spem auxili venerunt, clamore sublato arma capere, portas claudere, murum complere coeperunt. Centuriones in oppido, [6] cum ex significatione Gallorum novi aliquid ab eis iniri consili intellexissent, gladiis destrictis portas occupaverunt suosque omnes incolumes receperunt.

    Dès que Vercingétorix apprit que les colonnes de César approchaient à marche forcée, il fit rompre le siège de Gorgobina pour se porter à la rencontre du proconsul. Ce dernier avait entrepris d’investir Noviodunum (sans doute Neung-sur-Beuvron, ou Neuvy-sur-Barangeon plus en ligne droite), un oppidum des Bituriges Cubes situé sur son axe de progression, sa position stratégique en faisait la porte d’entrée inévitable pour quiconque voulait atteindre le cœur du pays des Bituriges. Redoutant l’arrivée imminente de la machine de guerre romaine, les notables de la cité envoyèrent des parlementaires supplier César de leur accorder sa clémence. Fidèle à sa stratégie de la celeritas (vitesse foudroyante), le proconsul accepta la reddition immédiate pour ne pas s’enliser devant les remparts. Il exigea la remise immédiate des armes (épées, boucliers, lances, javelots, etc…) la livraison des chevaux de cavalerie et la remise d’otages choisis parmi les familles dirigeantes.

    Alors qu’une partie des otages avait déjà franchi les lignes romaines et que l’on s’affairait à exécuter les autres clauses du traité, César envoya un détachement de centurions et quelques soldats à l’intérieur de la place pour recenser les armes et rassembler les chevaux et bêtes de trait. C’est à cet instant que l’avant-garde de la cavalerie de Vercingétorix apparut à l’horizon. En apercevant cet espoir de secours, les habitants changèrent brusquement d’attitude : une immense clameur s’éleva, les portes de bois massif furent refermées en hâte et les guerriers bituriges se ruèrent sur les remparts en saisissant leurs armes. À l’intérieur du bourg, les centurions comprirent instantanément que le vent venait de tourner. Dégainant leurs glaives, ils se ruèrent sur les gardes des portes pour s’en emparer par la force, permettant ainsi à l’ensemble de leurs hommes de rejoindre le camp romain sains et saufs avant que le piège ne se referme.

    Les centurions s’emparent de la porte de l’oppidum de Noviodunum par la force et le glaive et s’enfuient avec les légionnaires. Ils battent en retraite face à la menace des guerriers gaulois, qui ont aperçu au loin l’armée de Vercingétorix. Le reste des jeunes otages issus de l’aristocratie gauloise, qui devaient être emmenés comme butin avec chevaux et les armes, sont frappés de stupeur.

    Livre 7, Chapitre 13

    [Début – Mi-Mars 52 av. J.-C.] — Charge des cavaliers germains et soumission de Noviodunum.

    [1] Caesar (Caius Julius Caesar) ex castris equitatum educi iubet, proelium equestre committit: laborantibus iam suis Germanos equites circiter CCCC summittit, quos ab initio habere secum instituerat. [2] Eorum impetum Galli sustinere non potuerunt atque in fugam coniecti multis amissis se ad agmen receperunt. Quibus profligatis rursus oppidani perterriti comprehensos eos, quorum opera plebem concitatam existimabant, ad Caesarem (Caius Julius Caesar) perduxerunt seseque ei dediderunt. [3] Quibus rebus confectis, Caesar (Caius Julius Caesar) ad oppidum Avaricum, quod erat maximum munitissimumque in finibus Biturigum atque agri fertilissima regione, profectus est, quod eo oppido recepto civitatem Biturigum se in potestatem redacturum confidebat.

    César ordonne à ses ailes de cavalerie de sortir du camp pour engager le combat contre les escadrons gaulois venus défendre Noviodunum. Alors que ses propres cavaliers commencent à plier sous le choc, le proconsul décide de faire donner sa réserve d’élite. Il envoie au contact environ quatre cents cavaliers germains, des mercenaires cavaliers germains à son service, qu’il a pris soin de garder à ses côtés depuis le début de la guerre pour leur robustesse et leur impétuosité brutale. Ces guerriers, montés sur des chevaux petits mais nerveux, et utilisant principalement la lance/javelot, déclenchent une charge de rupture dévastatrice d’une violence inouïe.

    Formation tactique des Germains : cavaliers associés à des fantassins légers. La cavalerie germaine, très mobile, était appuyée par des fantassins capables de suivre les chevaux en pleine course en s’agrippant à leur crinière. Ces fantassins intervenaient ensuite pour stabiliser ou achever le combat au corps à corps. Les chevaux, de taille petite à moyenne, étaient adaptés à l’endurance et aux accélérations rapides.
    Le choc de la cavalerie germaine à gauche contre la cavalerie gauloise à droite.

    L’avant-garde de la cavalerie de Vercingétorix ne peut encaisser la puissance de ce choc frontal. Disloqués par l’impact de ces 400 cavaliers germains, les Gaulois sont mis en déroute et refluent en désordre vers le gros de l’armée du Rix, abandonnant sur le sol de nombreux morts et blessés.

    Ce revirement foudroyant jette une nouvelle fois la terreur parmi les défenseurs de Noviodunum. Voyant leur espoir de secours s’évanouir, les habitants, redoutant de subir le même massacre que celui de Cénabum, se retournent contre les partisans de la résistance. Ils se saisissent des meneurs qu’ils jugent responsables d’avoir soulevé le peuple, les traînent devant César, et se rendent à lui en signe de soumission.

    Les meneurs de Noviodunum sont livrés à César par une délégation gauloise.

    Une fois la reddition de Noviodunum actée, César ne s’attarde pas. Il met ses légions en marche vers Avaricum (Bourges), la place la plus vaste et la mieux fortifiée du pays des Bituriges, située au cœur d’une région particulièrement fertile (le Berry). César sait qu’en s’emparant de cette métropole stratégique, il forcera la nation des Bituriges Cubes à la soumission et portera un coup fatal à la logistique de l’insurrection gauloise.

    Jules César et ses légions en route vers Avaricum (Bourges) début-mi-mars 52 BC.

    Livre 7, Chapitre 14

    [Début – Mi-Mars 52 av. J.-C.] — Vercingétorix impose la stratégie de la terre brûlée.

    [1] Vercingetorix tot continuis incommodis Vellaunoduni, Cenabi, Novioduni acceptis suos ad concilium convocat. [2] Docet longe alia ratione esse bellum gerendum atque antea gestum sit. Omnibus modis huic rei studendum, ut pabulatione et commeatu Romani prohibeantur: [3] id esse facile, quod equitatu ipsi abundent et quod anni tempore subleventur; [4] pabulum secari non posse; necessario dispersos hostes ex aedificiis petere: hos omnes cotidie ab equitibus deligi posse. [5] Praeterea salutis causa rei familiaris commoda neglegenda: vicos atque aedificia incendi oportere hoc spatio ab via quoque versus, quo pabulandi causa adire posse videantur. Harum ipsis rerum copiam suppetere, [6] quod, quorum in finibus bellum geratur, eorum opibus subleventur: [7] Romanos aut inopiam non laturos aut magno periculo longius ab castris processuros; [8] neque interesse, ipsosne interficiant, impedimentisne exuant, quibus amissis bellum geri non possit. [9] Praeterea oppida incendi oportere, quae non munitione et loci natura ab omni sint periculo tuta, neu suis sint ad detractandam militiam receptacula neu Romanis proposita ad copiam commeatus praedamque tollendam. [10] haec si gravia aut acerba videantur, multo illa gravius aestimare, liberos, coniuges in servitutem abstrahi, ipsos interfici; quae sit necesse accidere victis.

    Vercingétorix, éprouvé par la chute successive de Vellaunodunum, de Cénabum — centre d’échanges (port fluvial / entrepôt commercial) — et de Noviodunum, convoque les chefs de la coalition au conseil de guerre. Il impose alors un basculement stratégique : il ne s’agit plus de chercher la bataille rangée face aux légions, mais d’atteindre les Romains là où leur puissance devient fragile — dans leur ravitaillement.

    Vercingétorix ordonne d’appliquer la politique de la terre brûlée : incendier le fourrage que les Romains pourraient utiliser, et récupérer le plus possible le grain et les animaux pour les troupes gauloises.
    En ce tout début de printemps, les meules de fourrage sont parfois modestes. Ce qui ne peut être récupéré ne doit en aucun cas profiter aux Romains.

    « La guerre doit changer de visage », martèle-t-il. « Notre priorité est d’interdire aux Romains l’accès au fourrage et au blé. » Il insiste sur l’avantage du calendrier : au tout début du printemps phénologique, l’herbe nouvelle est encore trop courte pour qu’on puisse la couper et en faire des provisions — pabulum secari non posse — (début à mi-mars en Champagne Berrichonne vers Bourges typiquement); les Romains devront donc envoyer des hommes, en détachements, chercher loin des camps ce qui manque à une armée et à ses bêtes. Pour nourrir la masse des animaux de trait et assurer la subsistance, ils seront contraints de se disperser, de fouiller les fermes, les granges, les greniers, fosses de stockage et réserves. C’est là, hors de la protection du corps de bataille, que la cavalerie gauloise — et les troupes légères qui la suivent — doit les surprendre, les harceler, les tailler en pièces, jusqu’à rendre chaque sortie coûteuse et incertaine.

    Vercingétorix, résolu à priver César de tout soutien, ordonne le sacrifice total : incendier hameaux d’établissements ruraux et fermes isolées sur une vaste étendue, afin que l’envahisseur ne rencontre que cendres et silence.

    Mais le salut commun exige un sacrifice total. Vercingétorix demande que l’on fasse passer la liberté avant les biens. Il ordonne d’incendier sans délai les vici (hameaux) et les bâtiments isolés sur une vaste zone autour des routes et des secteurs où l’armée romaine devra vivre sur le pays : que l’envahisseur ne trouve partout que des ruines et des terres vides.

    Vercingétorix ordonne d’incendier hameaux d’établissements ruraux et fermes isolées sur une vaste étendue à proximité des légions romaines.

    Il garantit en revanche que ses propres troupes ne manqueront pas du nécessaire : l’armée gauloise sera soutenue et ravitaillée par les ressources des peuples alliés sur les terres desquels se fait la guerre. Pour les siens, le nécessaire est assuré par cette solidarité confédérale ; à l’inverse, l’envahisseur sera réduit à la disette ou contraint à des sorties de ravitaillement lointaines et extrêmement risquées.

    Pour César, le dilemme devient dangereux : ou bien ses hommes s’épuisent faute de vivres, ou bien il étire ses recherches et ses trajets au risque de voir ses détachements détruits séparément. Vercingétorix souligne un point décisif : s’emparer des impedimenta — le train de bagages, les chariots, les bêtes de somme, les réserves —, c’est frapper l’armée romaine dans ce qui la fait tenir et se mouvoir ; privée de ce poids organisé, l’armée perd sa capacité à durer, à manœuvrer, à contraindre par la force.

    Vercingétorix ordonne d’incendier hameaux, fermes isolées et établissements ruraux proches des légions romaines, tout en récupérant les vivres et les animaux.

    Enfin, il ordonne de livrer aux flammes toutes les places qui ne sont pas naturellement fortes ou solidement retranchées : seules doivent être conservées les positions défendables par leurs remparts ou par un site difficile. Aucun lieu ne doit offrir d’abri à ceux qui chercheraient à se soustraire à l’effort commun ; aucune place ne doit devenir un grenier involontaire, une réserve toute prête pour les Romains.

    Face aux murmures, il conclut d’une voix froide : « Si ces mesures vous semblent cruelles, songez à ce qui vous attend en cas de défaite : vos femmes et vos enfants emmenés en esclavage, vos guerriers massacrés. Voilà le prix du renoncement. »

    Livre 7, Chapitre 15

    [Début – Mi-Mars 52 av. J.-C.] — Les Bituriges brûlent leurs villes mais défendent Avaricum (Bourges).

    [1] Omnium consensu hac sententia probata uno die amplius XX urbes Biturigum incenduntur. [2] Hoc idem fit in reliquis civitatibus: in omnibus partibus incendia conspiciuntur; quae etsi magno cum dolore omnes ferebant, tamen hoc sibi solati proponebant, quod se prope explorata victoria celeriter amissa reciperaturos confidebant. [3] Deliberatur de Avarico in communi concilio, incendi placeret an defendi. [4] Procumbunt omnibus Gallis ad pedes Bituriges, ne pulcherrimam prope totius Galliae urbem, quae praesidio et ornamento sit civitati, suis manibus succendere cogerentur: [5] facile se loci natura defensuros dicunt, quod prope ex omnibus partibus flumine et palude circumdata unum habeat et perangustum aditum. [6] Datur petentibus venia dissuadente primo Vercingetorige, post concedente et precibus ipsorum et misericordia vulgi. Defensores oppido idonei deliguntur.

    Le plan de Vercingétorix, axé sur la tactique de la terre brûlée, est validé par le grand conseil de guerre des chefs gaulois. En une seule journée, plus de vingt urbes des Bituriges Cubes sont livrées aux flammes par leurs propres habitants. Le même spectacle se répète dans les autres cités : partout s’élèvent des colonnes de fumée. Ce sacrifice ne se limite pas aux Bituriges Cubes : dans les autres cités alliées, on voit partout s’élever les colonnes de fumée des fermes et des villages incendiés pour affamer les légions de César. Malgré la douleur de voir leurs récoltes, leurs villes et leurs foyers détruits, les Gaulois puisent leur courage dans une certitude stratégique : la victoire est proche, et ils rebâtiront leurs cités et récupéreront rapidement ce qu’ils ont perdu sur les cendres de l’envahisseur.

    Le grand conseil de guerre des chefs gaulois dans leur campement.

    C’est alors que s’ouvre, au sein de l’assemblée de la coalition, le débat crucial sur le sort d’Avaricum, la plus belle ville des Bituriges, l’une des plus remarquables de Gaule, qui est pour leur cité protection et ornement. Faut-il la sacrifier ou la transformer en bastion ? Les délégués bituriges supplient les chefs des autres nations de ne pas les contraindre à détruire eux-mêmes ce qu’ils considèrent comme le joyau de la Gaule. Ils plaident pour la valeur défensive exceptionnelle de la place : bâtie sur un éperon d’une trentaine de mètres de hauteur qui s’avance sur plus de 1500 mètres dans les lits de la confluence des rivières l’Yèvre et l’Auron, elle est protégée presque de tous les côtés par les eaux des rivières et par des marécages profonds, ne laissant qu’un accès étroit et facile à verrouiller.

    Restitution d’Avaricum au début du printemps, en mars 52 av. J.-C. La vue est orientée vers le nord-ouest. Le secteur protohistorique de Bourges s’étend sur un éperon rocheux, entouré au nord-est par une zone marécageuse, à la confluence de l’Yèvre (en arrière-plan) et de l’Auron (sur la gauche).

    Vercingétorix s’oppose d’abord fermement à cette exception, craignant que la ville ne devienne un piège pour ses défenseurs et un garde-manger pour César. Mais, face aux prières désespérées des Bituriges et à l’émotion des guerriers de l’assemblée, il finit par céder. On choisit alors des défenseurs aguerris, adaptés à la mission, pour tenir les remparts de la cité.

    La carte de Cassini de la zone de Bourges (Avaricum des gaulois). La carte de Cassini date du XVIIIe siècle, plus précisément réalisée entre 1756 et 1815, avec son achèvement majeur autour de 1789. Illustration de sa situation hydrographique avec les différents lits et vallées. Source : Géoportail.
    Les Bituriges Cubes étaient réputés pour leur production et leur travail du fer ; leur territoire fournissait du minerai et ils disposaient d’ateliers métallurgiques.
    L’artisanat chez les Bituriges Cubes : exemple du tissage au cœur d’Avaricum, une cité celte reconnue pour sa prospérité et son haut degré de technicité.

    Livre 7, Chapitre 16

    [Début – Mi-Mars 52 av. J.-C.] — Vercingétorix surveille Avaricum et harcèle les ravitaillements de César.

    [1] Vercingetorix minoribus Caesarem (Caius Julius Caesar) itineribus subsequitur et locum castris deligit paludibus silvisque munitum ab Avarico longe milia passuum XVI. [2] Ibi per certos exploratores in singula diei tempora quae ad Avaricum agerentur cognoscebat et quid fieri vellet imperabat. [3] Omnis nostras pabulationes frumentationesque observabat dispersosque, cum longius necessario procederent, adoriebatur magnoque incommodo adficiebat, etsi, quantum ratione provideri poterat, ab nostris occurrebatur, ut incertis temporibus diversisque itineribus iretur.

    Vercingétorix, refusant d’offrir à César la bataille rangée qu’il espère, suit la progression des légions en la talonnant à distance. Il progresse par des itinéraires et des étapes plus courts, maintenant une distance de sécurité constante pour ne jamais être forcé au combat. Il installe son quartier général sur un site naturellement fort, une éminence protégée par l’enchevêtrement des marais et l’écran protecteur des bois denses, à environ seize milles romains d’Avaricum (24 km).

    Campement naturellement protégé de Vercingétorix, situé à 24 km d’Avaricum. Bénéficiant de la défense offerte par les marais, la rivière et les bois, ce site stratégique renforçait la résistance gauloise face aux troupes de César. Les secteurs de Sainte-Thorette à l’ouest ou Saint-Ambroix au sud-ouest sont avancés.

    Depuis ce poste de commandement retranché, il déploie un réseau de liaison performant, composé de cavaliers éclaireurs d’élite choisis pour leur connaissance intime du terrain biturige. Ces agents de renseignement lui rapportent, à chaque moment de la journée, les moindres détails des opérations de siège romaines et les mouvements de l’armée ennemie. En retour, ils transmettent ses ordres stratégiques aux forces restées dans la place.

    Vercingétorix concentre ses efforts sur l’asphyxie logistique des Romains. Ses guetteurs épient sans relâche les corvées de fourrage et de blé. Dès que les soldats envoyés aux vivres, poussés par la pénurie, s’éloignent de la protection de leurs retranchements et s’éparpillent dans les fermes des Bituriges Cubes pour collecter des grains, les guerriers gaulois surgissent de la lisière des bois. Ces embuscades foudroyantes infligent des pertes sensibles au moral et aux effectifs de César.

    Pillage des fermes gauloises, du fourrage et du blé par les Romains autour d’Avaricum.
    Les gaulois tendent une embuscade à un détachement de romains fourrageurs et pilleurs. Ces attaques foudroyantes infligent des pertes et sapent le moral des légions césariennes.

    Conscient que son armée est observée en permanence, César tente de parer ces coups de main en ordonnant des sorties à des heures totalement imprévisibles et en variant systématiquement les itinéraires des convois, espérant ainsi déjouer la vigilance des éclaireurs gaulois qui encerclent ses lignes de ravitaillement.

    Livre 7, Chapitre 17

    [Mars 52 av. J.-C.] — Début du siège d’Avaricum : privations et détermination des légions.

    [1] Castris ad eam partem oppidi positis Caesar (Caius Julius Caesar), quae intermissa [a] flumine et a paludibus aditum, ut supra diximus, angustum habebat, aggerem apparare, vineas agere, turres duas constituere coepit: nam circumvallare loci natura prohibebat. [2] De re frumentaria Boios atque Aeduos adhortari non destitit; quorum alteri, quod nullo studio agebant, non multum adiuvabant, alteri non magnis facultatibus, quod civitas erat exigua et infirma, celeriter quod habuerunt consumpserunt. [3] Summa difficultate rei frumentariae adfecto exercitu tenuitate Boiorum, indiligentia Aeduorum, incendiis aedificiorum, usque eo ut complures dies frumento milites caruerint et pecore ex longinquioribus vicis adacto extremam famem sustentarent, nulla tamen vox est ab eis audita populi Romani maiestate et superioribus victoriis indigna. [4] Quin etiam Caesar (Caius Julius Caesar) cum in opere singulas legiones appellaret et, si acerbius inopiam ferrent, se dimissurum oppugnationem diceret, universi ab eo, ne id faceret, petebant: [5] sic se complures annos illo imperante meruisse, ut nullam ignominiam acciperent, nusquam infecta re discederent: [6] hoc se ignominiae laturos loco, si inceptam oppugnationem reliquissent: [7] praestare omnes perferre acerbitates, quam non civibus Romanis, qui Cenabi perfidia Gallorum interissent, parentarent. [8] Haec eadem centurionibus tribunisque militum mandabant, ut per eos ad Caesarem (Caius Julius Caesar) deferrentur.

    César établit ses cantonnements face à l’unique accès terrestre d’Avaricum (Bourges), là où l’isthme étroit n’est pas verrouillé par les boucles de la rivière (l’Auron) ou les marais environnants. Face à cette forteresse naturelle, l’encerclement complet par une ligne de circonvallation est physiquement impossible par les contraintes du terrain. César ordonne alors la mise en œuvre de grands travaux de siège : les ingénieurs entament la construction d’un agger monumental — une rampe massive faite de caissons de bois entrecroisés et comblés de terre — tandis que les légionnaires poussent vers les remparts des mantelets et des vineae, ces lourdes galeries de protection en charpente recouvertes de peaux de bêtes fraîchement écorchées pour résister aux projectiles incendiaires. Deux tours de siège mobiles commencent également à s’élever sur leurs rouleaux de bois.

    Cependant, la logistique s’effondre. César harcèle ses alliés gaulois pour obtenir le frumentum (le blé indispensable à la ration quotidienne), mais les résultats sont dérisoires. Les Éduens, dont la loyauté envers Rome vacille déjà, font preuve d’une inertie qui ressemble à manque de zèle ou un sabotage calculé. Les Boïens, peuple client plus fidèle mais installé sur un territoire exigu et pauvre, s’épuisent rapidement et consomment leurs maigres réserves.

    La situation devient dramatique : entre la mauvaise volonté des uns, la misère des autres et la stratégie de la terre brûlée pratiquée par Vercingétorix qui a fait incendier les granges alentour, les soldats manquent de froment, de pain pendant plusieurs jours. Pour survivre, les légionnaires en sont réduits à consommer exclusivement de la viande issue du bétail réquisitionné dans des villages lointains, un régime que ces soldats, habitués à la bouillie de céréales, considèrent comme un signe de famine extrême. Malgré les ventres creux, aucun murmure ne s’élève contre l’autorité de César.

    César parcourt les chantiers, s’arrêtant auprès de chaque légion au travail. Voyant l’épuisement de ses hommes, il leur propose d’abandonner l’opération et de lever le siège si la disette leur semble insupportable. La réponse est unanime : les soldats le supplient de n’en rien faire. Ils rappellent qu’en de nombreuses années sous ses ordres, ils n’ont jamais subi l’infamie d’un échec ou d’une retraite. Pour eux, abandonner Avaricum serait un déshonneur insoutenable. Ils déclarent préférer toutes les souffrances plutôt que de ne pas venger les citoyens romains massacrés à Cénabum par la perfidie gauloise, quelques semaines plus tôt. Ce message de détermination absolue est transmis à César par l’intermédiaire des centurions et des tribuns militaires, soudant définitivement l’armée à son chef pour poursuivre le siège.

    Livre 7, Chapitre 18

    [Mars 52 av. J.-C.] — César déjoue par une marche nocturne l’embuscade de Vercingétorix

    [1] Cum iam muro turres appropinquassent, ex captivis Caesar (Caius Julius Caesar) cognovit Vercingetorigem consumpto pabulo castra movisse propius Avaricum atque ipsum cum equitatu expeditisque, qui inter equites proeliari consuessent, insidiarum causa eo profectum, quo nostros postero die pabulatum venturos arbitraretur. [2] Quibus rebus cognitis media nocte silentio profectus ad hostium castra mane pervenit. [3] Illi celeriter per exploratores adventu Caesaris (Caius Julius Caesar) cognito carros impedimentaque sua in artiores silvas abdiderunt, copias omnes in loco edito atque aperto instruxerunt. [4] Qua re nuntiata Caesar (Caius Julius Caesar) celeriter sarcinas conferri, arma expediri iussit.

    Alors que les hautes tours de siège en bois, protégées par des cuirs crus contre les flèches incendiaires, étaient déjà poussées au plus près des remparts d’Avaricum, César apprit par l’interrogatoire de prisonniers un changement stratégique majeur. Vercingétorix, ayant épuisé les fourrages de sa position actuelle, avait déplacé son camp plus près de la place forte. Plus inquiétant encore : le chef arverne s’était personnellement mis en marche avec sa cavalerie et son infanterie légère habitués à combattre au milieu des cavaliers. Il comptait tendre une embuscade au lieu même où il pensait que les fourrageurs romains iraient le lendemain pour approvisionner leurs bêtes de somme.

    Réagissant avec sa célérité habituelle, César ordonna un départ secret au milieu de la nuit. Dans un silence absolu, les légions marchèrent sous le couvert de l’obscurité pour atteindre le camp ennemi dès les premières lueurs de l’aube. Mais la vigilance gauloise ne fut pas prise en défaut : des éclaireurs signalèrent promptement l’approche des Romains.

    Aussitôt, les Gaulois évacuèrent leur train de bagages. Ils dissimulèrent leurs chariots de transport et leurs lourds bagages dans l’épaisseur des forêts environnantes, puis rangèrent l’intégralité de leurs forces en ordre de bataille sur une éminence dégagée, dominant le terrain. À cette nouvelle, César, comprenant que l’affrontement était imminent, ordonna à ses légionnaires de regrouper et déposer les paquetages (sarcinae) et de préparer immédiatement leurs armes pour être prêts au choc.

    Livre 7, Chapitre 19

    [Mars 52 av. J.-C.] — César refuse le combat dans les marais devant Avaricum

    [1] Collis erat leniter ab infimo acclivis. Hunc ex omnibus fere partibus palus difficilis atque impedita cingebat non latior pedibus quinquaginta. [2] Hoc se colle interruptis pontibus Galli fiducia loci continebant generatimque distributi in civitates omnia vada ac saltus eius paludis obtinebant, [3] sic animo parati, ut, si eam paludem Romani perrumpere conarentur, haesitantes premerent ex loco superiore; ut qui propinquitatem loci videret paratos prope aequo Marte ad dimicandum existimaret, qui iniquitatem condicionis perspiceret inani simulatione sese ostentare cognosceret. [4] Indignantes milites Gaesar, quod conspectum suum hostes perferre possent tantulo spatio interiecto, et signum proeli exposcentes edocet, quanto detrimento et quot virorum fortium morte necesse sit constare victoriam; quos cum sic animo paratos videat, [5] ut nullum pro sua laude periculum recusent, summae se iniquitatis condemnari debere, nisi eorum vitam sua salute habeat cariorem. [6] Sic milites consolatus eodem die reducit in castra reliquaque quae ad oppugnationem pertinebant oppidi administrare instituit.

    Les forces gauloises occupaient une colline s’élevant en pente douce. Ce relief était verrouillé par une ceinture naturelle redoutable : un marais difficile et dangereux, large au plus d’une quinzaine de mètres (50 pieds), dont les berges fangeuses rendaient toute progression aléatoire. Pour parfaire cette défense, les Gaulois avaient méthodiquement saboté les ponts de bois qui traversaient la zone humide.

    Retranchés sur les hauteurs, les guerriers celtes affichaient une confiance absolue. Ils étaient rangés par civitates (tribus-états), chaque contingent regroupé sous ses propres enseignes. Ils verrouillaient chaque passage et chaque gué dissimulé dans les taillis. Leur stratégie était limpide : laisser les légionnaires s’engluer dans la vase du marais sous le poids de leur lourd équipement pour les harceler à distance par des lancers de traits et autres projectiles depuis la crête.

    À première vue, la proximité des deux armées laissait présager un choc frontal imminent, presque à armes égales. Mais pour un œil exercé à la topographie, cette audace gauloise n’était qu’un piège psychologique, une mise en scène destinée à provoquer une charge romaine suicidaire dans la boue.

    Face à cette provocation, les légionnaires, piqués au vif de voir l’ennemi les braver à si courte distance, exigeaient avec fureur le signal du combat. César intervint alors pour tempérer leur ardeur. Par une harangue calculée, il leur exposa froidement le prix d’une telle victoire : le sacrifice inutile de nombreux hommes valeureux dans un bourbier. En habile politique, il retourna leur frustration en dévotion : il affirma que si leur vie — plus précieuse à ses yeux que son propre salut — devait être ainsi gaspillée pour une simple parade, il se condamnerait à la plus grande injustice. Ayant ainsi apaisé les esprits, il ordonna le repli vers le camp pour se consacrer aux préparatifs techniques du siège de la place forte.

  • Contre-relecture critique de l’ouvrage « Les Derniers Jours du Siège d’Alésia : 22-27 septembre 52 av. J.-C. (Lemme Edit, 2019) »

    par David ROMEUF (second auteur de l’ouvrage), dernière mise à jour le 22/11/2025

    Avertissement : Les images illustrant cet article sont des reconstitutions d’une scène antique, interprétées et générées par intelligence artificielle à partir des sources écrites. Ces représentations sont, bien entendu, hypothétiques. Les images ont été générées à partir de prompts rédigés et optimisés par l’auteur (DR), et envoyés au modèle Nano Banana Pro 3 Image en décembre 2025. Comme un illustrateur humain et selon son apprentissage, une IA générative peut commettre des erreurs d’anachronisme dans la représentation des armements, des vêtements ou des objets. Si une erreur nous a échappé alors que nous pensions l’image exploitable en l’état, merci d’en informer l’auteur en fournissant un argumentaire.

    Sommaire

    Quelques sources antiques à lire en exemple, pour une immersion dans l’imaginaire celtique et romain de l’époque

    Illustration des prophétesses magiciennes dans une période avant la nouvelle lune.

    « 50. Le lendemain, César fit sortir, à son ordinaire, toutes ses troupes des deux camps, … il offrit la bataille à Arioviste [roi Celto-Germain] ; mais voyant qu’il ne l’acceptait pas, il fit rentrer toutes ses troupes vers midi … César, ayant demandé aux prisonniers pourquoi Arioviste refusait le combat, il apprit que, chez les Germains [Celto-Germains], c’étaient les mères de famille [prophétesses, magiciennes] qui, par des charmes et des sortilèges, réglaient le temps des batailles, et qu’elles avaient dit que les [Celto-] Germains ne pouvaient se flatter de vaincre, s’ils combattaient avant la nouvelle lune. 51. Le lendemain, César laissa dans les deux camps ce qu’il jugea suffisant pour les garder, et mit en bataille, à la tête de son petit camp, toutes ses troupes auxiliaires. »

    Jules César, La guerre des Gaules, Livre I, 50.

    « Dans une incursion des Germains, César n’osait donner combat. Mais ayant appris que leurs devins les avaient avertis d’éviter d’en venir aux mains avant la nouvelle lune, il se hâta de faire avancer ses troupes, dans l’espérance que la superstition rendrait les Barbares moins ardents au combat. En effet, pour avoir bien pris son temps, il remporta une victoire éclatante sur les Germains.  »

    Polyen, Ruses de guerre, Livre VIII, Chapitre XXIII, IV.

    Arioviste est représenté avec la coiffure traditionnelle des Suèves : un chignon formé en ramenant les cheveux d’un côté et en les nouant pour les maintenir. Il a choisi d’attendre la nouvelle lune pour livrer bataille, suivant les conseils des prophétesses.

    Les gaulois décident de stopper la marche à cause d’une éclipse de lune.

    « Alors survint une éclipse de lune. Les Gaulois, qui conduisaient à leur suite dans des chariots leurs femmes et leurs enfants et se plaignaient depuis longtemps des fatigues de la marche, considérèrent cet accident comme de mauvais augure et refusèrent d’aller plus avant.  »

    Polybe, Histoire générale, Volume I, Livre 5, XVI.

    La source ne coule plus (probable Fontaine de Loulié du Puy d’Issolud) détournée par le génie civile romain.

    « Les assiégés (d’Uxellodunum) continuaient à se défendre opiniâtrement ; et, après avoir perdu déjà une grande partie des leurs par la soif, ils persévéraient dans leur résistance, lorsqu’enfin nos mines souterraines parvinrent à couper et à détourner les veines de la source. (5) La voyant tout à coup tarie, les assiégés désespérèrent de tout moyen de salut, et ils crurent reconnaître, non l’ouvrage des hommes, mais la volonté des dieux. Vaincus alors par la nécessité, ils se rendirent.  »

    Aulus Hirtius , La guerre des Gaules, Livre 8, 43.

    Bataille de nuit de pleine lune durant la guerre contre les Volsques à l’époque de la République Romaine Archaïque.

    « L’ennemi craignant que les Romains ne profitassent de la nuit pour quitter leur position et se sauver par la route de Verrug, voulut la leur fermer et vint à leur rencontre. Le combat s’engagea de nuit ; mais alors, comme la lune était dans son plein, on n’y vit pas moins clair qu’eu un combat de jour. Cependant, les cris portés à Verrug, où l’on crut le camp romain assiégé…  »

    TITE-LIVE, Histoire Romaine, Livre 5, XXVIII.

    Nicias, général des Athéniens suspend sa marche par superstition à cause d’un éclipse de lune.

    « Nicias, général des Athéniens … Mais la lune s’étant éclipsée, une vaine superstition lui fit craindre que cela ne fût le présage de quelque malheur. Il suspendit sa marche … Cependant s’il eût seulement consulté des gens éclairés sur cette éclipse, il n’en fallait pas davantage, je ne dis pas pour ne point laisser échapper le temps de poursuivre sa marche, mais pour faire servir même cet événement à son dessein, à cause de l’ignorance des ennemis ; car l’ignorance de ceux avec qui l’on a affaire est pour les hommes habiles le chemin qui conduit le plus sûrement aux heureux succès. C’est là ce qui rend la connaissance de l’astronomie indispensable aux hommes de guerre.  »

    Polybe, Histoire générale, Livre 9, XVII.

    « Mais, comme la contrée (la Gaule) est très riche en mines d’or, et que les habitants (Posidonius n’est pas seul à le dire) sont à la fois très superstitieux et très modestes dans leur manière de vivre, il s’y était formé sur différents points des trésors. Les lacs ou étangs sacrés notamment offraient des asiles sûrs où l’on jetait l’or et l’argent en barre : les Romains le savaient , et quand ils se furent rendus maîtres du pays , ils vendirent ces lacs ou étangs sacrés au profit du trésor public, et plus d’un acquéreur y trouve aujourd’hui encore des lingots d’argent battu ayant la forme de pierres meulières. Le temple de Tolossa, vénéré comme il était de toutes les populations à la ronde, leur offrait aussi un asile inviolable, et naturellement les richesses s’y étaient accumulées, la piété multipliant ses offrandes, en même temps que la superstition empêchait d’y porter la main. »

    Strabon, Géographie, Livre IV, XIII.

    Jules César qui ne respecte pas les croyances et le sacré des gaulois. Le sacrilège de César ordonne l’abattage de la forêt sacrée gauloise durant le siège de Marseille (Massilia) malgré la peur de ses légionnaires.

    « Il était une forêt sacrée, … César ordonne que cette forêt tombe sous la hache … Cependant les mains tremblent aux plus braves ; consternés par la formidable majesté du lieu, ils craignent qu’en frappant ces troncs sacrés, le fer ne retourne sur leurs têtes. César voit ses cohortes enchaînées par la terreur ; et le premier saisissant une hache, la balance sans trembler et l’enfonce dans un chêne qui touchait aux nues. Le fer plonge dans l’arbre profané. « Maintenant, dit-il, n’hésitez plus, abattez cette forêt : je prends sur moi le crime. » Et toute l’armée obéit à ses ordres, non pas qu’elle soit délivrée de ses craintes ; mais elle a pesé la colère des dieux et la colère de César. … À la vue de ce sacrilège, les peuples de la Gaule gémissent : la ville assiégée s’en réjouit. En effet, qui pourrait croire qu’on outrage impunément les dieux ? » 

    La Pharsale, Lucain, Chant III.

    Contre – relecture critique

    La parution de la relecture critique de notre ouvrage, Les Derniers Jours du Siège d’Alésia : 22-27 septembre 52 av. J.-C. (Lemme Edit, 2019), par Messieurs Éric CHARIOT, Vincent BOUDON, Vincent GUICHARD et leurs membres collaborateurs de l’association d’astronomie d’amateurs (SAB – Société Astronomique de Bourgogne) sur la plateforme HAL ( https://hal.science/UNIV-BM/hal-04064035v1 ), nous offre l’opportunité d’un débat que nous jugeons nécessaire.

    Si nous saluons l’exercice de la critique de notre hypothèse, force est de constater que celle-ci repose, à notre sens, sur des fondations chronologiques alternatives peu assurées (manifestement fausses), une lecture souvent sélective de nos arguments (la SAB n’a pas lu manifestement notre ouvrage en entier et/ou n’a pas compris notre hypothèse et un scénario que nous présentons comme possible…), une critique commanditée systématiquement à charge, la qualité de notre approche historiographique ignorée, et une appréhension des croyances qui nous semble parfois en décalage avec la complexité des systèmes de pensée antiques et la nature de notre approche interdisciplinaire et historiographique. Le monde des croyances populaires leur est étranger ce qui nous paraît une erreur fondamentale contextuelle pour ces périodes.

    Notre ouvrage, rappelons-le, propose une hypothèse, combinant analyse historique, archéologique et astronomique, pour éclairer l’un des aspects les plus débattus du siège d’Alésia : l’inexplicable passivité d’une large fraction (⅔) de l’imposante armée de secours gauloise. Selon César, l’armée de secours levée sur 43 cités, auraient étaient composée d’environ 8.000 cavaliers et 240.000 fantassins guerriers qui pouvaient encercler les romains (Alain DEYBER évalue plutôt à 178.000). Vercingétorix aurait retranché 80.000 hommes dans l’oppidum, soit en tout au final de l’ordre de 328.000 gaulois contre 11 à 12 légions (de 4.000 à 6.000 hommes soit environ 50.000 à 60.000 romains). Les forces comprenaient donc 5 x fois plus de gaulois que de romains. Les gaulois étaient réputés très courageux au combat. Pourquoi les ⅔ de l’armée de secours arrivée de toute la Gaule sur le champ de bataille ne s’est finalement pas engagée ?

    Plutarque s’en étonne même dans La Vie de César :

    “ … César, ainsi enfermé et assiégé entre deux armées si puissantes, fut obligé de se remparer de deux murailles, l’une contre ceux de la place, l’autre contre les troupes qui étaient venues au secours des assiégés : si ces deux armées avaient réuni leurs forces, c’en était fait de César.

    La Vie de César, XXX

    D’autant plus qu’au début de l’insurrection, la confédération gauloise a solennellement engagé sa parole sur les étendards réunis, une cérémonie considérée comme la plus sacrée, donc au-delà des enjeux politiques et de toute trahison ordinaire. Il s’agirait alors d’une trahison sacrée, violant un serment religieux et collectif :

    “… ils demandent que les alliés engagent leur parole, et sur les étendards réunis (cérémonie qui, dans leurs mœurs, est ce qu’il y a de plus sacré)…”

    Jules César, La guerre des Gaules, Livre 7, Chapitre 2.

    Page 6 de leur critique, la SAB écrit :

    “Or, l’armée de secours n’a pas du tout hésité à s’engager dans le combat et elle a été même proche de le remporter.”

    ERREUR ! La SAB fait une généralisation (« l’armée s’est battue ») alors que les ⅔ de l’armée n’a pas bougé.

    Nous suggérons que l’éclipse totale de Lune survenue dans la nuit du 25 au 26 septembre 52 av. J.-C. – un fait astronomique avéré mais inconnu des historiens jusque là alors qu’ils avançaient cette date de pleine lune comme reddition – a pu constituer un facteur psychologique de présage néfaste et, par conséquent, un tournant possible. Cette hypothèse s’ancre dans la chronologie de référence établie par des savants historiens de l’envergure de Camille JULLIAN et Jérôme CARCOPINO. Cette chronologie est d’ailleurs reprise par le grand historien contemporain de la Rome antique, le Professeur Yann LE BOHEC, ou encore, les auteurs archéologues Jean-Louis BRUNAUX (Directeur de recherche au CNRS, UMR 8546 AOROC, ENS-Paris) et Monsieur le Conservateur en chef du patrimoine, Laurent OLIVIER.

    Illustration de l’éclipse totale de Lune du 16 août 2008. La pleine lune est tellement lumineuse puis éclipsée partiellement et totalement, colorée, que l’on peut l’observer à travers une couverture nuageuse relative ou des trouées. Les nuages apportent un filtrage de densité variable et peuvent aussi rendre des variations de couleurs dans les mêmes teintes. Ils ajoutent au phénomène une dimension dynamique spectaculaire d’art naturel. Crédit photo : Jean-Paul ROUX, astrophotographe et administrateur du Club d’Astronomie de Lyon Ampère (CALA).

    Simulation de l’éclipse de lune de septembre 52 BC avec le logiciel de planétarium Stellarium.

    Il est essentiel de rappeler un principe fondamental que nous avons constamment souligné, tant dans notre ouvrage que dans nos échanges (antérieurs et ultérieurs) avec Vincent GUICHARD et l’équipe de la Société Astronomique de Bourgogne : notre hypothèse, comme toute tentative de reconstituer les mentalités et les motivations d’acteurs de l’Antiquité, repose sur une convergence d’indices qui requiert une part d’adhésion. Nous avons admis d’emblée l’absence de source écrite directe liant explicitement l’éclipse de lune à l’issue de la bataille ; une telle preuve incontestable n’existe pas en l’état actuel de nos connaissances et nos sources d’information. L’attitude de la SAB consiste à considérer que nous ne pouvons rien démontrer faute de sources explicites, donc ils considèrent que c’est faux ou une très faible plausibilité. Comment appliquer cela avec les données historiques qui par nature parfois sont lacunaires ? Faut-il alors ne pas émettre des hypothèses ? Et eux, la SAB, peuvent-ils prouver que l’hypothèse que nous avançons est fausse ?

    Ce qui est vrai pour une hypothèse l’est aussi pour sa réfutation. La relecture critique de la SAB, malgré un ton parfois péremptoire et suffisant, arrosée par la suite avec une touche de philosophie des sciences, n’apporte elle-même aucune preuve solide – qu’elle soit textuelle, archéologique, astronomique ou historiographique – et qui invalide de manière définitive notre proposition. Elle ne démontre en rien que l’éclipse n’a pas eu d’effet, se contentant d’affirmer que les preuves de son influence ne sont pas assez directes à son goût. La SAB ignore aussi totalement l’effet d’association néfaste à n jours autour de l’événement (des exemples existent sur le passage de comètes qui sont associés par les crédules à la mort d’un roi, deux années plus tard… Il s’agit de croyances, de superstitions, pas de raisonnements hyper rationnels ou de la zététique moderne). Nous sommes donc face à une situation où l’absence de preuve est utilisée comme une preuve de l’absence. Dans la partie conclusion de la critique de la SAB, apparaît page 9 :

    “Il est, par conséquent, très improbable que la bataille d’Alésia ait été influencée par l’éclipse de septembre de l’année 52 av. J.-C.”

    et, dans une communication e-mail ultérieure avec nous,

    “Dans ces conditions, la coïncidence entre l’éclipse de septembre 52 et la bataille s’avère être au mieux une hypothèse possible, mais très improbable et invérifiable.”.

    Possible nous sommes d’accord. Invérifiable pour l’instant ok, mais la SAB ne doit pas fermer ici la porte à de nouvelles découvertes, alors qu’elle n’en sait rien. Comment peuvent-ils juger, argumenter, et conclure sur la très improbabilité ? Sur quoi se fondent-ils pour juger de l’improbabilité ? Quelle méthode ? Quelle rigueur ? La partialité de leur approche sans doute, leur “croyance personnelle”… Ils ne présentent aucun modèle, aucun calcul statistique, aucune valeur de p dans leur papier. La SAB nous reproche de ne pas adopter une posture strictement cartésienne et rigoriste dans le cadre des sciences humaines, avec une certaine condescendance arrosée de philosophie des sciences (dans des communications emails ultérieures). Eric CHARIOT de la SAB ne peut pas à la fois revendiquer une démarche scientifique et se contenter d’un jugement probabiliste subjectif, à son goût, sans le moindre fondement quantitatif. Il se fait prendre à son propre jeu. Comme on est toujours l’ignorant d’un autre, on est toujours le zététicien d’un autre. Celui qui pratique la zététique sur le travail des autres a lui-même ses propres biais et ignorances… Affirmer une “très improbabilité” sans l’évaluer, c’est troquer la science contre l’opinion partiale.

    Quand le jugement de valeur se substitue au calcul probabiliste…

    Dès lors, la question de l’intention derrière un tel exercice se pose. Si le but n’est pas de faire avancer le débat par des arguments nouveaux, des données contradictoires solides ou une analyse plus fine des sources, à quoi peut donc bien servir un tel exercice, sinon qu’à tenter de jeter le discrédit sur un travail sans pour autant le réfuter sur le fond, ce qui laisse songeur quant aux motivations d’une telle démarche. Nous respectons cependant le fait de leur non-adhésion car eux comme nous, ne peuvent attester par une source antique fiable et irréfutable.

    Si la volonté était de nous faire dire qu’il ne s’agit pas d’une hypothèse mais d’une affirmation, il aurait simplement fallu que l’un des 9 auteurs de la SAB (Éric Chariot, Vincent Boudon, Loïc Chaux, Aurélia Cheyrezy, Thierry Coppin, Jean-Michel Ladruze, Marine Martin, Samuel Wyndaele & Vincent Guichard) lise notre ouvrage dans son intégralité, de manière neutre et probablement pas sous la forme de quelques pages extraites (le caractère sélectif et tronqué de leurs arguments, fondés sur des extraits isolés de notre texte sans les nuances apportées dans l’ensemble de l’ouvrage, nous amène à penser qu’ils ont procédé à une lecture partielle plutôt qu’à une incompréhension de notre propos). Mais nous avons eu affaire à une lecture en surplomb qui ignore la complexité des sources et la nature même du raisonnement historique. Avant même qu’il ne lance son club d’astronomie dans l’aventure périlleuse, nous avions demandé à Vincent GUICHARD de procéder comme avec une revue à comité de lecture, par des aller-retours avec la SAB dans une ambiance courtoise et constructive qui aurait pu éviter leurs erreurs. Notre souhait a été totalement ignoré et leur relecture critique a été publiée directement dans l’archive ouverte HAL (sans eux-mêmes procéder avec des relecteurs comme une grande revue. C’est leur avis, qu’ils pensent nécessairement et infailliblement vrai). Pour notre part, nous estimons que notre hypothèse peut être vraie ou fausse mais que l’impact psychologique d’une éclipse sur la majorité des vulgaires à l’époque n’est pas à négliger.

    Nous tenons à souligner dès à présent que nous partageons la remarque formulée par la SAB concernant le titre de la partie IV de notre ouvrage :

    « — IV — Une preuve irréfutable qui change tout : l’apport de l’astronomie » .

    Ce titre, trop affirmatif, nous (DR) a échappé à la relecture, alors même que Alain DEYBER (auteur principal) fait preuve d’une grande prudence dans ses propos. Il évoque systématiquement une hypothèse, comme en témoignent plusieurs passages de son texte (pages 17, 19, 98, 99) mais la SAB n’a lu que rapidement le titre. Voici pour l’exemple en page 140 de notre ouvrage :

    « Nous disposons maintenant de suffisamment d’éléments pour tenter de reconstituer le plan de manœuvre que les chefs gaulois de l’armée de secours d’Alésia avaient conçu pour livrer bataille contre César. Ce n’est bien sûr qu’une hypothèse fondée sur des exemples comparables dont l’histoire militaire nous a conservé le souvenir – il nous est hélas impossible d’entrer ici dans les détails –, à cette différence près que nous ne pouvons pas la vérifier ni la valider – à moins de découvertes totalement nouvelles. Pour autant, le sujet est suffisamment important pour qu’on s’y attarde, afin de comprendre ce qui nous semble avoir été conçu, organisé, et ordonné par les chefs gaulois de l’armée de secours d’Alésia, et qui n’a fonctionné qu’en partie seulement. ».

    I. La primauté de la question chronologique : Un débat incontournable

    La critique de la SAB s’articule principalement autour d’une remise en cause de la datation d’Alésia fin septembre 52 av. J.-C., lui préférant une chronologie dérivée des travaux de Kurt Arnold RAAFLAUB et John T. RAMSEY (2017) qui situerait la bataille à la mi-octobre https://doi.org/10.29173/histos369 , et se vantant d’une précision à + ou – 5 jours (sans tenir compte d’une météo ou des aléas) ! Ce déplacement temporel viserait à ôter toute pertinence à l’éclipse de lune de fin septembre.

    La critique de la SAB (page 3) adhère et s’appuie sur RAFFLAUB-RAMSEY 2017 comme un GPS en affirmant :

    “Une étude plus récente (Raaflaub 2017), non citée dans l’ouvrage, établit une chronologie plus argumentée qui est basée sur quelques repères astronomiques (phases lunaires, équinoxes) et, surtout, sur le calcul des durées de parcours des troupes en corrélation avec la carte de la Gaule à l’époque. Cette chronologie est à ±5 jours près selon son auteur. … Les travaux les plus récents des historiens (Raaflaub 2017) placent même la bataille bien plus tard dans la saison, loin de l’éclipse.”

    J’ajoute ici que sauf erreur de notre part, il n’y a pas de repères temporels astronomiques dans le texte de César BG sur la période en question (voir la liste en annexe à la fin de ce document).

    1. Les limites de la chronologie de RAAFLAUB-RAMSEY (2017) au regard des sources

    Notre analyse comparative détaillée des chronologies (cf. notre document de travail ICI , partagé à la SAB après publication de leur lecture critique) met en lumière des incohérences significatives dans la proposition de RAAFLAUB-RAMSEY 2017, lorsqu’elle est confrontée aux sources primaires et aux données archéo scientifiques.  Réfuter une hypothèse par une autre plus fragile : le paradoxe de la critique de la SAB :

    La bataille de Gergovie

    RAAFLAUB-RAMSEY 2017 la situe fin juillet 52 av. J.-C. Or, le rapport d’analyses phytolithiques de Pascal VERDIN (INRAP, 2023) sur les fossés du camp de César à Gergovie indique un abandon au printemps 52 av. J.-C. (avant juin). Référence : P. Verdin dans Yann DEBERGE en cours, 49 avenue de Gergovie, Orcet (Puy-de-Dôme), rapport de fouille préventive, Inrap, en cours.

    De plus, César (De Bello Gallico [DBG], VII, 55) décrit, peu après la bataille de Gergovie durant le sac de Noviodunum (Nevers), une Loire en crue due à la fonte des neiges, « comme il arrive d’ordinaire en cette saison », la rendant infranchissable à gué. Ce phénomène est caractéristique du printemps avancé (mai-juin) et difficilement compatible avec une fin juillet.

    “Ensuite, levant des troupes dans les pays voisins, ils placèrent des postes et des détachements le long de la Loire, et firent en tout lieu parade de leur cavalerie, pour répandre la terreur et pour essayer de chasser les Romains de la contrée par la disette, en leur coupant les vivres, (10) espoir d’autant mieux fondé que la Loire, alors enflée par la fonte des neiges, ne paraissait guéable en aucun endroit.” BG, VII, 55

    Les Gaulois conduits par Éporédorix et Viridomaros, massacrèrent la garde romaine restée à Noviodunum, ainsi que les marchands et voyageurs présents sur place. César rapporte que la Loire était en crue lors de ces événements.

    La chronologie adoubée par la SAB présente déjà un décalage de deux mois (le 17 et fin juillet) par rapport à la bonne datation basée sur les phytolithes des fossés des camps Romains de Gergovie (printemps) ! C’est très problématique pour une chronologie que ses auteurs prétendent précise à ± 5 jours… Alors, quelle est l’erreur de datation de RAAFLAUB et RAMSEY pour Alésia ? 5 jours, 1 mois, … ? Inutile d’en débattre : cette chronologie est discréditée et ne peut plus servir comme argument majeur de leur critique. Pourtant, la SAB lui accordait toute sa confiance scientifique… La Société Astronomique de Bourgogne s’est fourvoyée.

    Mais la calibration de l’erreur reste intéressante. En effet, si le modèle RAAFLAUB (utilisé par la SAB) se trompe et a un biais systématique (un retard) d’environ 1.5 mois sur un événement vérifié (Gergovie au printemps), et sauf s’ils cumulent plusieurs erreurs, il est statistiquement probable qu’un biais s’applique à la suite de leur chronologie (et donc la date d’Alésia qui était selon ses auteurs à + ou – 5 jours). La SAB utilise cette chronologie de 2017 pour insinuer que Alésia a eu lieu mi-octobre (le 15 et 16 qui est une période de nouvelle lune + 3 jours, phase en croissant lunaire du soir et nuit sombre -voir ci-après en section I.2-), pensant invalider notre hypothèse de l’éclipse de septembre. En voulant utiliser RAAFLAUB contre notre hypothèse de l’éclipse, la SAB, par le jeu des corrections calendaires obligatoires, valide involontairement et va dans le sens de la pertinence temporelle de JULLIAN pour septembre-fin septembre, plus tôt. Dans ce cas précis, la SAB ne peut pas utiliser cette source à géométrie variable : l’utiliser avec une grande confiance quand celle-ci l’arrange pour nous invalider, et ne plus la considérer quand un biais est démontré. Sinon, nos contradicteurs sont purement et simplement incohérents avec eux-mêmes.

    César (De Bello Gallico [DBG], VII, 71) explique que Vercingétorix n’a que 30 jours de réserve de blé.

    “71. Vercingétorix décide de faire partir nuitamment tous ses cavaliers avant que les Romains n’achèvent leurs travaux d’investissement. En se séparant d’eux, il leur donne mission d’aller chacun dans leur pays et d’y réunir pour la guerre tous les hommes en âge de porter les armes. … D’après ses calculs, il a tout juste trente jours de blé, mais il est possible, avec un strict rationnement, de subsister un peu plus longtemps encore. … Il réquisitionne tout le blé ; … ; il fait rentrer dans la ville toutes les troupes qu’il avait établies sous ses murs. C’est par ces mesures qu’il s’apprête à attendre le moment où la Gaule le secourra, et qu’il règle la conduite de la guerre.”. BG,VII, 71.

    Il est donc plus difficile de tenir jusqu’à mi‑octobre dans un contexte de stricte rationnement si le blocus commence fin août. La chronologie RAAFLAUB-RAMSEY outrepasse les réserves annoncées par César lui‑même mais ce n’est pas pour nous l’argument majeur comme les deux autres présentés ci-avant.

    Le siège d’Avaricum

    César (DBG, VII, 24) indique que la construction de son impressionnant terrassement (agger) dura vingt-cinq jours. Une chronologie qui, comme celle de RAAFLAUB-RAMSEY, induirait des erreurs de plusieurs semaines (jusqu’à 63 jours pour Avaricum selon notre analyse) sur la synchronisation des événements clés par rapport aux repères saisonniers, perd en crédibilité.

    Contraintes logistiques à Alésia

    Vercingétorix s’enferme à Alésia avec des vivres pour « à peine trente jours » (DBG, VII, 71, 4). L’armée de secours arrive alors que les assiégés sont au comble de la famine (DBG, VII, 77). Une bataille finale à la mi-octobre, comme le postule RAAFLAUB-RAMSEY, étirerait le siège au-delà de cette limite de manière irréaliste si l’on considère un début de siège fin août ou début septembre, après les mouvements post-Gergovie.

    Comme le souligne J. Carcopino (Jules César, 1968, p. 317-321), la séquence des événements et la logistique imposent un cadre temporel resserré que la chronologie Jullian/Carcopino respecte.

    La méthode de calcul de RAAFLAUB-RAMSEY 2017 des temps de parcours des troupes semble fragile et impossible à valider avec la précision dont ils se réclament. Cette méthode par Système d’Information Géographique (SIG) à vitesse moyenne n’est pas nouvelle. Elle a déjà été testée sans grand succès car elle ignore de nombreux paramètres militaires essentiels (nature du terrain, météo, moral et fatigue des troupes, obstacles, type de logistique, etc.). Les dates imprimées en gras dans leurs tableaux sont qualifiées de fermement établies ; or pour 52 BC, seules 2 dates jalons sont présentées certaines : l’élection de Pompée Cnaeus Pompeius Magnus comme consul solus le 5 février Julien, et la campagne fertile Biturige le 3 décembre Julien (déduit de BG 8.2 “César quitte Bibracte, la veille des calendes de janvier”). Cette nouvelle chronologie n’apporte donc pas plus de jalons calendaires que celles de JULLIAN dans l’intervalle des événements dont nous parlons.

    2. La robustesse de la chronologie Jullian/Carcopino basée sur le respect du texte

    Camille Jullian (Histoire de la Gaule, Tome III) fixe la reddition de Vercingétorix au 27 septembre (Tome III, p. 500, éd. originale), situant la bataille d’une partie de l’armée de secours les jours précédents. Il justifie cette datation par une analyse serrée des événements et par l’argument de la nécessité d’une nuit claire pour la poursuite de la cavalerie romaine après la déroute gauloise :

    « Cette poursuite ne put avoir lieu que par une nuit très claire, et le clair de lune le plus vif est celui de la pleine lune. »

    Camille Jullian, Histoire de la Gaule, Tome III, p. 497, n. 4.

    « … Les assiégés (sur l’oppidum d’Alésia), apercevant du haut de leurs murs la fuite des leurs et le carnage qu’on en fait (à distance en bas), désespèrent de leur salut, et retirent leurs troupes de l’attaque de nos retranchements. La nouvelle en arrive au camp des Gaulois (de l’armée de secours), qui l’évacuent à l’instant. (6) Si les soldats n’eussent été harassés par d’aussi nombreux engagements et par les travaux de tout le jour, l’armée ennemie eût pu être détruite tout entière. (7) Au milieu de la nuit, la cavalerie, envoyée à la poursuite, atteint l’arrière-garde ; une grande partie est prise ou tuée ; le reste, échappé par la fuite, se réfugia dans les cités. »

    Jules César, La guerre des Gaules, Livre 7, Chapitre 88.

    Cette pleine lune du 27 septembre 52 coïncide avec l’éclipse lunaire que nous avons mise en évidence, non remarquée par les savants historiens (nul doute qu’ils l’auraient mentionnée s’ils avaient connaissance de cet événement astronomique majeur pour l’époque, voir citation au début de ce document).

    En revanche, la chronologie proposée par RAAFLAUB-RAMSEY (2017), qui situe l’attaque nocturne au 15 ou 16 octobre 52 av. J.-C. (calendrier julien, page 173), correspond à une période juste après la nouvelle lune, en phase de croissant, environ deux ou trois jours avant le premier quartier. Cela implique que le milieu de la nuit était particulièrement sombre, car la lune se couchait vers 21 h UT (le 15 octobre Julien, le Soleil se couchait vers 17 h UT, le crépuscule civil à -6° de hauteur vers 17 h 31 UT, et le crépuscule nautique à -12° de hauteur vers 18h06 UT, et enfin le crépuscule astronomique à -18° de hauteur vers 18h42 UT). Le début de la nuit n’était donc éclairé que par un faible croissant, bien moins lumineux qu’une pleine lune, situé bas sur l’horizon : environ 20° de hauteur vers 17 h 30 UT et 18° vers 18h UT. Dans ce cas, la poursuite de la cavalerie romaine sur l’arrière garde gauloise au milieu de la nuit se serait déroulée dans une obscurité quasi totale, à peine atténuée par la lumière diffuse de la Voie lactée sans couverture nuageuse. La luminosité d’un ciel étoilé est autour de 0,0001 à 0,001 lux (avec airglow) pour un ciel clair sans lune ni nuages, et encore bien moins si couvert. La capacité visuelle d’un homme va dépendre du contraste de l’objet et de sa mobilité mais les militaires considèrent une visibilité à 30 à 80 m pour évaluer que quelque chose bouge et 15 à 40 m pour déterminer qu’il s’agit d’un humain, une visibilité de 10 à 30 m dans le cas d’une personne immobile. Or, ce jour-là, nous le savons par le texte, les assiégés pouvaient observer la bataille dans la plaine depuis le rempart de l’oppidum, et la cavalerie romaine a pu poursuivre l’arrière-garde de l’armée de secours gauloise et en capturer une grande partie… Nous restons donc sceptiques quant à la date avancée par RAAFLAUB-RAMSEY pour ces phases de bataille, même si l’on peut imaginer, çà et là, des feux de camp pour se réchauffer et éclairer les campements.

    Il est donc méthodologiquement discutable de chercher à invalider une hypothèse (la nôtre) en s’appuyant sur une autre hypothèse de chronologie (RAAFLAUB-RAMSEY) qui s’avère elle-même significativement plus problématique au regard des sources que celle, classique et étayée, qui suit le texte et une certaine logique, de JULLIAN et CARCOPINO (avec aucune date jalon attestée durant la période sauf : BG [8,2] “la veille des calendes de janvier”. Soit équivalente au 1 décembre 52 BC de notre calendrier Grégorien s’il avait existé à l’époque).

    (1) “César part de Bibracte avec une escorte de cavalerie, la veille des calendes de janvier pour rejoindre la 13e légion sur la frontière des Bituriges, à peu de distance de celle des Héduens”. BG [8,2]

    Nous ne voyons pas comment on peut s’appuyer sur la chronologie de RAAFLAUB-RAMSEY pour la substituer à celle de Camille JULLIAN.

    Nous notons à ce stade les carences méthodologiques et la méconnaissance des textes de l’équipe de la Société Astronomique de Bourgogne qui s’est fourvoyée dans son aventure d’utiliser la chronologie douteuse de RAAFLAUB-RAMSEY 2017.

    II. l’Éclipse lunaire : réalité, perception et interprétation

    1. Visibilité et conditions d’observation

    La réalité astronomique de l’éclipse totale de Lune des 25-26 septembre 52 av. J.-C. est admise. La SAB conteste sa visibilité en cas de mauvaise météo. Notre ouvrage (p. 114, 116) et nos échanges ont précisé que l’éclipse resterait perceptible même avec une couverture nuageuse partielle ou par temps pluvieux intermittent. Les galeries d’astrophotographies sur l’internet regorgent de photographies d’éclipse de lune à travers les nuages, ou entre les nuages…

    De plus, il est surprenant que la SAB (normalement plutôt des physiciens) n’aient pas proposé de définition quantitative en lux au sol de ce qu’ils considèrent comme une « nuit claire » (c’est combien ? 0.1, 0.25 ?), rendant leur critique sur ce point quelque peu arbitraire. Ils soulignent avec vérité que la nuit peut être considérée subjectivement claire à d’autres phases durant 15 jours mais ils négligent ou ignore dans le raisonnement le sursaut d’opposition, la visibilité selon les levers et couchers de la Lune et sa durée de présence dans le ciel sur les 15 jours, sans compter sa hauteur maximale dans le ciel selon la période de l’année, ce qui est un comble pour des astronomes. Avec la définition de la SAB non quantifiée et imprécise, pourquoi pas 24 jours au lieu des 15, entre les phases de lumières cendrées ? Un croissant de Lune est aussi lumineux mais il ne reste pas longtemps visible durant la nuit. Un PQ Premier Quartier (50% fraction éclairée mais de l’ordre de 11% environ de la luminosité maximale de la PL) est très loin d’être 2 fois moins lumineux qu’une PL Pleine Lune (100%). L’effet de surge à l’opposition avec l’angle de phase sur le régolite du sol lunaire fait que les nuits proches de la pleine lune sont beaucoup beaucoup plus lumineuses et durant presque toute la nuit. La Lune gagne une grande partie de son éclat (50%) dans les 24 heures qui précèdent la pleine lune.

    Moon phase vs measured disk-integrated brightness. Note a spike of brightness (opposition effect) visible close to full moon.
    Biologically meaningful moonlight measures and their application in ecological research.

    Integral phase curve of the Moon at three wavelengths. The small phase angles (<5°) were derived from Clementine data, whereas the larger phase angles were adopted and renormalized from Lane and Irvine (1973). The Lunar Opposition Surge : Observations by Clementine, Icarus, Volume 124, Issue 2, December 1996, Pages 490-499, Bonnie J. Buratti, John K. Hillier, Michael Wang.

    La pleine lune, renforcée par l’effet d’opposition sur le régolithe lunaire (rétrodiffusion de la lumière, absence d’ombre, faible albédo), offre un éclairage nocturne puissant, et une éclipse de lune est un phénomène qui, par sa nature très colorée et sa durée, a de fortes chances d’être observé, même fugitivement. L’argument de la SAB sur la période de 15 jours autour de la pleine lune ne fait qu’augmenter les possibilités de dates pour la poursuite de la cavalerie de nuit, et va dans le sens de Camille JULLIAN. La SAB doit maintenant proposer une valeur lux au sol pour que nous puissions considérer une période qu’ils qualifient de “nuit claire”.

    Dans la partie C page 8 de leur critique, la SAB insinue que nous n’avons jamais observé une éclipse de lune avec une mauvaise météo :

    « De plus, une éclipse de Lune s’étend sur plusieurs heures (voir ci-dessus), et la baisse de luminosité n’est pas instantanée. N’importe quel astronome amateur a vécu une ou plusieurs expériences où une éclipse promise s’est révélée complètement inobservable, à cause de la couverture nuageuse (par exemple celle du 21 janvier 2019 depuis Dijon). »

    Mais ils n’ont pas lu le texte complet (malgré les 9 relecteurs critiques de la SAB !) : dans notre ouvrage page 114, nous précisons avec nuance et expérience :

    « À cette heure, la pleine lune illuminait toujours le ciel, le sol et les reliefs de l’oppidum d’Alésia, sauf dans le cas d’une forte couverture nuageuse et pluvieuse. » et page 116 « l’éclipse de Lune était forcément bien visible même avec un temps partiellement couvert ou pluvieux. ».

    Voir des exemples sur Google Image en recherchant lunar eclipse cloud.

    2. l’Éclipse et les opérations militaires

    La SAB juge contradictoire que César ait eu besoin du clair de lune pour la poursuite (DBG VII, 88, 7) tout en étant en période d’éclipse. D’abord, la fin de la totalité de l’éclipse est à 0h16 TU. Une action « peu de temps après minuit » (expression subjective) ou « au milieu de la nuit » (traduction de NISARD pour de media nocte) peut donc se dérouler sous un éclairage lunaire déjà partiellement ou totalement revenu. D’autre part, concernant la marche de Vercassivellaunos (DBG VII, 83), l’hypothèse d’Alain DEYBER (auteur principal) est que l’obscurité accrue autour de la phase de totalité (de 22h31 à 0h16 TU) a pu être mise à profit pour des phases critiques de sa marche d’approche, comme le franchissement de la Brenne. La critique de la SAB, en simplifiant à l’extrême, déforme la nuance de notre propos (cf. notre livre, p. 118).

    Durant l’éclipse de Lune, la Pleine Lune passe de la magnitude -13 (très lumineuse) à la magnitude -3 assez rapidement et sur environ 1 heure. La magnitude -3 reste brillante dans le ciel (de l’ordre de Vénus à -4), mais sombre au sol. En ¼ d’heure elle passe de la magnitude -3 à -8.

    Sur la page 3 de leur relecture critique SAB, ils écrivent :

    « D’autre part, si César avait voulu profiter de l’éclairage de la Lune, il n’aurait pas lancé sa cavalerie en pleine éclipse. En effet, l’éclipse totale a duré de 22h39 à 0h25 et, « peu de temps après minuit » se situe en pleine phase de totalité. » .

    Ce n’est pas 0h25 mais 0h16, ils font une erreur. Ils concluent du « peu de temps après minuit » (de la traduction de Léopold-Albert CONSTANS) que nous sommes dans la ½ heure après minuit ce qui les arrange pour aller dans leur sens. Mais l’expression « peu de temps après minuit » est très subjective et peut aussi bien indiquer 1h, 1h30, 2h… Une autre traduction de NISARD référence donne « (7) Au milieu de la nuit, la cavalerie, envoyée à la poursuite » qui est une expression plutôt vague aussi qui peut indiquer 2h, 3h du matin

    Le texte latin est :

    « 7 De media nocte missus equitatus novissimum agmen consequitur: magnus numerus capitur atque interficitur; reliqui ex fuga in civitates discedunt. »

    Ce que Gaffiot traduit aussi par « de media nocte CÆS. G. 7, 88, 7, au milieu de la nuit ; », dans ce contexte et pas minuit (00h00m) comme ils l’entendent.

    L’argument de la SAB n’est pas recevable même si on considère à tort notre minuit contemporain. Avec les deux expressions traduites, la Lune peut très bien être à la magnitude -10 -11 voire -13 comme la PL. La cavalerie éclairée est donc parfaitement possible cette nuit-là. Elle avait déjà retrouvé −10 mag à ~01 h locale, ce qui reste cohérent avec media nocte.

    Exemple de courbe de luminosité : Lunar eclipse photometry: absolute luminance measurements and modeling , Nina Hernitschek, Elmar Schmidt, and Michael Vollmer (2008) :

    L’auteur principal (Alain DEYBER) s’est basé sur le scénario décrit par Camille JULLIAN mais l’auteur secondaire (David ROMEUF) admet toutefois et parfaitement que cette fameuse nuit puisse se dérouler quelques jours après la pleine lune et sous l’influence perçue néfaste de l’éclipse vécue par les gaulois (la notion de nuit claire au milieu de la nuit peut être considérée quelques jours avant ou après une pleine lune bien que l’effet d’opposition de phase soit moins fort, le problème est l’impact sur la psychologie d’une partie des gaulois).

    Page 4 de leur relecture critique, la SAB qualifie notre méthode :

    “d’essai d’ethnoastronomie « maison »”

    et que les éclipses de Lune ne sont pas un phénomène rare :

    “Les éclipses de Lune ne sont pas des phénomènes rares. Les éclipses, partielles ou totales, qui ont été bien visibles depuis la Gaule lors des guerres césariennes (entre 58 et 51) sont au nombre d’une dizaine (NASA Eclipse), dont deux totales en 52 av. J.-C., le 1er avril et le 26 septembre (voir tableau 1). Les auteurs justifient que « les Celtes étaient respectueux des interdits liés aux phénomènes astronomiques et climatiques » par une bataille à l’issue purement liée aux conditions climatiques, celle d’Avaricum (Bourges), ce qui est sensiblement différent (aucun lien astronomique).”

    Effectivement, nous avons produit le même tableau dans notre ouvrage. Leur argument sous-jacent est qu’une certaine accoutumance aurait pu diminuer l’impact psychologique d’un tel événement. Par quelles sources peuvent-ils l’attester sur ces croyances populaires ? De plus, le siège d’Avaricum que JULLIAN propose vers le 23 mars, et son dénouement tragique, est peut-être aussi influencé par l’éclipse de Lune de la nuit du 1er au 2 avril 52 BC. Ou encore, est là comme un très mauvais souvenir de présages célestes plus tard à Alésia. La concomitance de deux éclipses totales en 52 av. J.-C. (d’Avaricum et à Alésia) a pu au contraire exacerber la portée symbolique et l’anxiété sur les ⅔ de l’armée de secours composés en grande majorité d’hommes du peuple et pas de troupes d’élites.

    Ces faits astronomiques si particuliers à l’époque n’étaient pas connus des historiens avant notre ouvrage.

    III. Mentalités antiques : croyances gauloises et pragmatisme Césarien

    1. La profonde religiosité gauloise, structurée par le naturel et le sacerdotal

    La société gauloise, comme le souligne Camille JULLIAN était profondément imprégnée par le religieux :

    « Nulle part peut-être la religion n’a été une chose plus nationale ». Camille JULLIAN, Histoire de la Gaule, Tome II, Livre IV, Chap. I, p. 90

    César lui-même abonde :

    « Tout le peuple gaulois est très religieux », DBG, VI, 16.

    Cette religiosité était intrinsèquement liée à la nature, le sacré se manifestant dans les forêts, les sources, les montagnes, le Soleil, la Lune, les astres… Les divinités gauloises (Taranis, Toutatis, Cernunnos) sont souvent des personnifications des forces naturelles. Les druides, dépositaires du savoir et intermédiaires avec le divin, discutaient :

    « sur les astres et leurs mouvements », DBG, VI, 14.

    et, comme en témoigne Cicéron pour Diviciacos :

    « prédisai[en]t l’avenir, tantôt par les augures, tantôt par conjecture ». Cicéron, De Divinatione, I, 90.

    Ce lien intime avec une nature sacralisée, où les phénomènes célestes étaient scrutés et interprétés, rend la plupart des Gaulois particulièrement réceptifs à un événement aussi marquant qu’une éclipse totale de Lune (la plupart car on ne peut pas exclure que certains étaient non croyants ou non superstitieux). L’exemple rapporté par Polybe (Histoires, V, 78, 2-3), où des mercenaires gaulois refusent de poursuivre leur marche après une éclipse lunaire perçue comme néfaste, est une illustration directe de cette sensibilité. Si les éclipses ne sont pas d’une rareté absolue, le contexte d’Alésia (tension extrême, siège, issue incertaine d’une révolte générale) et la concomitance de deux éclipses totales en 52 av. J.-C. (avril près d’Avaricum, septembre à Alésia) ont pu exacerber la portée symbolique et l’anxiété, la peur, face à ce phénomène. À Alésia, Les troupes d’élite (aristocratie guerrière) étaient peut-être plus disciplinées. Elles ont combattu en partie. La levée en masse (paysans, peuple) était probablement plus sensible et terrifiée par les signes célestes.

    La critique échoue à saisir que pour l’homme antique (la plupart), un présage n’est pas une information, mais un événement qui modifie la réalité.

    Voir les quelques restes des cultes probablement d’origine celto-gaulois à l’époque de Césaire d’Arles, à travers ses sermons rigoristes.

    2. La religion romaine, outil civique, et le pragmatisme de César

    À l’inverse, la société romaine, bien que pieuse, structurait sa religion autour de la res publica. La religion était civique, un instrument au service de l’État pour maintenir la Pax Deorum, et ses prêtres étaient souvent des magistrats. César, en tant que Pontifex Maximus, connaissait parfaitement ces mécanismes.

    Page 7 de leur critique, la SAB nous reproche de supposer que César avait peu d’intérêt pour la superstition. Voici quelques sources qui ne font aucun doute, et que l’équipe de la SAB ne semble pas connaître :

    Son attitude personnelle, telle que rapportée par Suétone, était celle d’un esprit supérieur, pragmatique, imperméable à la superstition pour ses propres décisions :

    « La superstition ne put jamais lui faire abandonner ni différer aucune entreprise.« , Suétone, Vie des Douze Césars, Divin Jules, LIX-LX.

    Il savait ignorer les présages défavorables ou les réinterpréter à son avantage.

    César étant tombé en sortant de son navire probablement début 46 BC, durant la guerre d’Afrique contre Scipion et Juba, près d’Hadrumète (Tunisie).

    La SAB nous oppose que les Romains étaient aussi potentiellement superstitieux le même jour mais pour César :

    “LIX . La superstition ne put jamais lui faire abandonner ni différer aucune entreprise . Un jour , la victime ayant échappé au couteau , César n’en marcha pas moins sur le champ contre Scipion et Juba . Étant tombé en sortant de son navire , il sut interpréter ce présage en sa faveur , et s’écria : Je te tiens , Afrique . Afin d’éluder les prédictions qui voulaient que dans cette province le nom des Scipions fût , d’après l’ordre du destin , toujours heureux , toujours invincible , César prit avec lui dans son camp , le plus méprisé de tous les membres de la famille Cornélia , auquel on avait donné le surnom de Salutio, à raison de la bassesse de sa conduite .  LX . Il livrait les batailles non seulement d’après un plan arrêté , mais encore selon les occasions qui s’en présentaient ; souvent il attaquait pendant la marche même , et par des temps si affreux que personne ne pouvait croire qu’il se mettrait en mouvement . Ce ne fut que dans les derniers temps qu’il montra moins d’empressement pour combattre : plus il avait remporté de victoires , moins il croyait devoir tenter la fortune , car il pensait qu’un nouveau succès ne lui donnerait pas à beaucoup près autant qu’un revers pourrait lui ôter . Jamais il ne vainquit d’ennemi qu’il ne lui prît aussi son camp ; il ne laissait aucun répit à la terreur des vaincus . Quand l’action était disputée , il renvoyait les chevaux et le sien même le premier , afin que l’on fût contraint de rester , faute de moyens de s’enfuir.”, Suétone, Vie des Douze Césars, Divin Jules, LIX-LX.

    Un autre exemple est le sacrilège de César qui ordonne l’abattage de la forêt sacrée gauloise durant le siège de Marseille (Massilia) malgré la peur de ses légionnaires. Le récit se déroule au début de la guerre civile entre César et Pompée en 49 BC (soit environ 3 ans après Alésia). César assiège la ville de Marseille, qui a choisi de s’allier à Pompée. Pour construire son matériel de siège, César a besoin de bois. Il se trouve à proximité d’une forêt sacrée que la population révère et dont elle craint la destruction. Face à cette terreur, César incarne le pragmatisme et l’impiété du nouveau monde romain. La piété ancestrale est foulée aux pieds par la rationalité froide et le désir de puissance incarné par César. C’est un moment symbolique où la force militaire et la volonté d’un homme l’emportent sur la superstition et le respect des dieux. Il assume la responsabilité du sacrilège (« je prends sur moi le crime »), libérant ainsi ses soldats de leur crainte des dieux.

    Pour les troupes, le choix est clair : « la colère des dieux et la colère de César », et la seconde est plus immédiate :

    “Il était une forêt sacrée, vieillie sans outrage, enfermant un air ténébreux et de froides ombres, sous la voûte de ses rameaux impénétrables aux feux du soleil. Ce n’est pas le séjour des Pans champêtres, ni des Sylvains, ni des Nymphes, qui règnent dans les bois : on y vénère les dieux par un culte barbare ; les victimes couvrent leurs terribles autels, et l’expiation a marqué tous les arbres d’une couche de sang humain. S’il faut croire la pieuse crédulité des ancêtres, l’oiseau craint de se poser sur ses branches, la bête fauve n’ose se coucher dans ses antres. Jamais l’aquilon, jamais la foudre, tombant des sombres nuages, n’a fondu sur cette forêt. Quoique le souffle de l’air n’alimente pas leur feuillage, les arbres ont en eux leur vie mystérieuse. Partout découle une onde noire. Les mornes effigies des dieux sont des ébauches sans art, des troncs informes et grossiers : la mousse, qui couvre ces idoles livides et pourries, inspire seule l’épouvante. On craint moins la divinité sous des formes connues et consacrées : tant l’ignorance augmente l’effroi que les dieux nous inspirent ! Souvent, telle était la fable du vulgaire, la terre ébranlée gémit dans ses cavernes profondes ; les ifs se courbent et se relèvent soudain ; la forêt, sans brûler, s’illumine des flammes de l’incendie, et les dragons embrassent les vieux chênes de leurs tortueux replis. Mais les peuples n’approchent pas de ces autels, ils les ont abandonnés aux dieux. Et quand Phébus est au milieu de sa course, et quand les ombres de la nuit occupent le ciel, le prêtre lui-même pâlit auprès du sanctuaire, et craint de surprendre le maître de ces demeures.

    César ordonne que cette forêt tombe sous la hache : car, voisine de ses travaux, et respectée dans la guerre précédente, elle domine de sa crête touffue les monts dépouillés d’alentour. Cependant les mains tremblent aux plus braves ; consternés par la formidable majesté du lieu, ils craignent qu’en frappant ces troncs sacrés, le fer ne retourne sur leurs têtes. César voit ses cohortes enchaînées par la terreur ; et le premier saisissant une hache, la balance sans trembler et l’enfonce dans un chêne qui touchait aux nues. Le fer plonge dans l’arbre profané. « Maintenant, dit-il, n’hésitez plus, abattez cette forêt : je prends sur moi le crime. » Et toute l’armée obéit à ses ordres, non pas qu’elle soit délivrée de ses craintes ; mais elle a pesé la colère des dieux et la colère de César.

    Les ormes tombent ; l’yeuse s’ébranle sur son tronc noueux ; l’arbre de Dodone, et l’aune qu’on lance sur les flots, et le cyprès qui n’annonce pas une tombe plébéienne, perdent pour la première fois leur verte chevelure, et, dépouillés de leur feuillage, laissent pénétrer le jour. Toute la forêt chancelle ; mais sa masse épaisse la soutient dans sa chute. À la vue de ce sacrilège, les peuples de la Gaule gémissent : la ville assiégée s’en réjouit. En effet, qui pourrait croire qu’on outrage impunément les dieux ? Mais la Fortune sauve une foule de criminels, et la colère des immortels ne peut plus frapper que les malheureux. Quand on a fait dans le bois une assez large trouée, des chariots enlevés dans la plaine servent au transport : et, voyant ses taureaux ravis à la charrue qui ne creuse plus de sillons, le laboureur pleure son année perdue. “, La Pharsale, Lucain, Chant III.

    La SAB écrit :

    « Les auteurs (p. 136) citent l’exemple de l’éclipse de la bataille de Pydna (-167), pour laquelle Caius Sulpicius Gallus semble avoir dû rassurer ses troupes. Ce fait aurait pu être un élément de comparaison intéressant […] mais il n’est pas exploité par les auteurs. ».

    La SAB nous reproche de ne pas avoir exploité le cas de Pydna en -167 (éclipse totale de Lune dans la nuit du 21 au 22 juin 168 BC). À Pydna, le général romain Caius Sulpicius Gallus a prédit l’éclipse à ses propres soldats pour éviter un mouvement de panique dans ses rangs. Cette action démontre que les Romains eux-mêmes n’étaient pas insensibles à la superstition en 168 BC. Or, la situation de César à Alésia est en 52 BC. Nous avons vu qu’il n’a aucune raison de craindre la superstition de ses propres légions, qu’il tient d’une main de fer, mais il sait, comme il l’écrit lui-même, que “tout le peuple gaulois est très religieux”. César adopte une gestion psychologique de la bataille bien plus subtile, parfaitement cohérente avec le pragmatisme que Suétone lui attribue.

    Le De Divinatione de Cicéron (Livre II) reflète le scepticisme d’une partie de l’élite romaine cultivée envers la valeur prédictive de la divination, la considérant souvent comme une affaire de hasard ou de manipulation. Il est donc hautement probable que César n’ait pas été personnellement affecté par l’éclipse, mais qu’il ait, en chef militaire avisé, compris l’impact potentiel sur le moral d’un ennemi qu’il savait profondément religieux. Son silence dans le DBG s’explique par la volonté de ne pas minorer sa victoire en l’attribuant à des facteurs « irrationnels » chez l’adversaire. Des auteurs modernes ont parfaitement démontré que son écriture est orientée avec des mises en scène avantageuse, en outil de propagande politique, avec des omissions et des exagérations… Les sites et lieux sont aussi parfois très rapidement et incomplètement décrits. Dans la propagande césarienne, la victoire doit venir du génie du chef (imperator) et de la valeur des soldats, pas d’un événement cosmique fortuit. S’il dit : « J’ai gagné parce qu’ils ont eu peur de la Lune », il minimise sa gloire. S’il dit : « J’ai attaqué pendant l’éclipse », il passe pour un opportuniste ou un magicien douteux aux yeux du Sénat. Le silence de César est compatible avec son intelligence politique, pas une preuve de l’absence de l’événement.

    3. l’Effet démoralisateur sur l’armée de secours

    L’armée de secours gauloise, hétéroclite et au commandement collégial complexe (DBG, VII, 76 : « Les avis étaient partagés »), était, selon C. JULLIAN (Tome III, p. 498), « impressionnable et mobile […] sujette à des accès de désespoir ». Dans ce contexte, une éclipse perçue comme un signe divin défavorable par une société où le naturel et le sacerdotal priment, a pu être le catalyseur d’une paralysie pour une large part de ses effectifs.

    IV. Rigueur méthodologique, champ d’expertise et difficulté d’appréhension des mentalités antiques

    Notre ouvrage propose une hypothèse (cf. pages 17, 19, 98, 99, 140) visant à éclairer une énigme historique par la convergence d’indices. La critique émise par la SAB -une association d’astronomes amateurs- soulève des questions qui dépassent leur champ d’expertise premier. L’anachronisme méthodologique : juger les croyances antiques à l’aune du rationalisme contemporain.

    1. Sur la partie astronomique : Il est essentiel de souligner que la critique de la SAB ne met en évidence aucune erreur astronomique fondamentale dans notre ouvrage concernant l’éclipse elle-même. Leurs objections se cantonnent à des interprétations secondaires (visibilité, usage tactique), souvent, nous l’avons vu, par une lecture partielle et simplificatrice de nos analyses.
    2. Expertise et portée de la critique : l’analyse d’Alésia requiert des compétences en histoire antique, archéologie, ethnologie et historiographie que leur critique ne démontre pas. Leur démarche, s’aventurant largement hors de leur spécialité mais surtout fermée par leur idéologie pour juger de la pertinence d’une chronologie historique complexe ou de l’interprétation des mentalités antiques. Pourquoi ne pas s’être limité à une critique des aspects purement astronomiques, là où leur légitimité est la plus forte ?

      La SAB nous reproche une non interdisciplinarité totale mais cette équipe n’est pas plus interdisciplinaire. Il est paradoxal de critiquer une approche interdisciplinaire sans disposer soi-même des outils pour l’évaluer sur tous ses aspects.

    3. L’Appréhension des mentalités antiques : Une approche « ultra-rationnelle » moderne peine à saisir la force des croyances dans les sociétés anciennes. Exiger une « preuve » au sens des sciences exactes pour l’impact d’un présage est un anachronisme méthodologique. L’historien des mentalités reconstitue la plausibilité d’une influence dans un contexte culturel spécifique. La SAB, en qualifiant nos tentatives de « suppositions » et « d’analogies » sans fondement, semble ignorer la nature même du raisonnement en sciences humaines lorsqu’elles abordent le « sensible » et les systèmes de pensée anciens.
    4. L’Importance de la méta-analyse historiographique ignorée : La critique de la SAB omet totalement la dimension historiographique de notre ouvrage. Le chapitre III (« Pourquoi la défaite de l’armée de secours à Alésia ? », p. 65-106), qui constitue une méta-analyse des interprétations de cet événement depuis le XIXe siècle par Alain DEYBER, est le socle sur lequel notre hypothèse astronomique s’appuie. Ignorer cette composante majeure de notre ouvrage, c’est ne pas saisir la profondeur et l’ancrage de notre démarche dans la tradition de la recherche historique.

    En définitive, la Société Astronomique de Bourgogne devrait appliquer à sa propre démarche la rigueur et la prudence épistémologique qu’elle exige des autres auteurs, notamment en reconnaissant les limites de son champ d’expertise lorsqu’elle aborde des questions complexes d’histoire et d’ethnologie. L’examen des publications académiques ou web des auteurs de la SAB, notamment sur les plateformes spécialisées comme Google Scholar ou Web of Science, ne met pas en évidence une expertise particulière en matière de religion gauloise, ethnologie, … De la connaissance astronomique au magistère historiographique, elle réalise aussi une transgression des champs de compétence.

    Conclusion

    L’hypothèse d’une influence de l’éclipse totale de Lune du 25-26 septembre 52 av. J.-C. sur l’issue dramatique du siège d’Alésia, inscrite dans la chronologie Jullian/Carcopino et tenant compte des mentalités antiques telles que révélées par les sources, demeure une explication plausible et heuristique. Elle offre une clé de compréhension pour l’un des aspects les plus déconcertants de cette bataille : la défaillance inexplicable par le nombre, la position et la fraîcheur de la gigantesque armée de secours gauloise, issue d’une société où la lecture des signes naturels était primordiale.

    Nous sommes convaincus que seule une approche interdisciplinaire, respectueuse des méthodologies de chaque champ du savoir et des auteurs, peut permettre de progresser dans la compréhension d’événements aussi complexes. Nous respectons la non-adhésion et le scepticisme de l’équipe de la SAB à notre hypothèse. Qualifier notre hypothèse de « très improbable » relève, non de la démarche zététique revendiquée, mais d’une intuition érigée en certitude. Nous restons ouverts à un dialogue scientifique constructif et informé mais la tentative de sape du club d’astronomie de Bourgogne est vaine à ce jour par un manque de preuves suffisamment décisives ou contraignantes. Leur critique ne clôt pas la question.

    Épilogue heureux…

    Un débat scientifique est toujours une opportunité de progrès. C’est dans cet esprit constructif que nous souhaitons conclure cette réponse.

    Nous nous réjouissons d’ailleurs d’une heureuse coïncidence. Notre contre-relecture critique a permis de souligner combien la chronologie RAAFLAUB-RAMSEY, pilier de la critique de la SAB, s’avère fragile face aux sources et aux archéosciences.

    L’ironie veut que la preuve la plus récente (P. Verdin, INRAP, 2023) invalidant cette chronologie sur la datation de Gergovie (la plaçant au printemps et non fin juillet) provient des fossés du camp de César… un site que l’archéologue Vincent GUICHARD, commanditaire de cette relecture critique auprès de la SAB, connaît intimement pour l’avoir lui-même fouillé : Nouvelles recherches sur les travaux césariens devant Gergovie (1995-1999) / New research on the caesarian works in front of Gergovia .

    Il est heureux d’avoir pu contribuer, par ricochet, à la juste datation de ses propres travaux.

    Mais cette aventure critique soulève une question méthodologique plus profonde, qui nous ramène à des échanges par mail (en 2011), avec la possible orientation de l’axe principale du sanctuaire de l’oppidum de Corent sur la période des mi-saisons solaires (qui coïncident aux fêtes dites “celtiques”, début février, début mai, début août et début novembre). Vincent GUICHARD nous confiait alors son scepticisme de principe envers la paléoastronomie, notamment sur le sanctuaire de Corent. Il s’inquiétait, à juste titre, de la « régularité toute approximative » des plans ou des « marges d’incertitude » inévitables lors de l’analyse d’orientations anciennes. « N’y a-t-il pas le risque », demandait-il, « que toute orientation puisse correspondre à un événement (en forçant un peu le trait…) ? ».

    Le terrain a pu bouger en plus de 2000 ans (glissement, tremblement…), la qualité méthodologique des anciennes fouilles, l’enregistrement approximatif de la topographie par les archéologues est souvent contestée maintenant par les contemporains. Nous ne pouvons pas critiquer sa position de principe. Elle est parfaitement légitime.

    Nous sommes donc particulièrement curieux : ce même scepticisme, si rigoureux, s’applique-t-il à l’étude récente de ses propres collaborateurs de la SAB sur le tumulus dit “Olivier” à Concœur-Corboin près de Nuits-Saint-Georges (environ à 30 km au sud de Dijon, 90 km de Bibracte) ? Après tout, cette dernière étude médiatisée par Eric CHARIOT, repose sur des fouilles de 1976 et 1977 et des relevés topographiques « orientés à la boussole » (à main portable ? et au niveau à bulle pour roulis, tangage et lacet ?) , obligeant les auteurs de la SAB à un travail (ou trafic ?) considérable pour compenser les incertitudes de la position précise du centre, son assiette et l’orientation spatiale du tumulus, afin de rechercher des alignements stellaires multiples sur des pierres plates plantées concentriques à bords irréguliers (ce qui augmente le risque de coïncidences). C’est ce que Vincent GUICHARD, lui-même, qualifiait de fragile.

    Il s’agit d’un flou bien plus important que celui qu’il m’avait reproché à propos de mon hypothèse sur la fouille du sanctuaire laténien de Corent. Pour ce sanctuaire gaulois, j’avais toujours évoqué une période correspondant aux fêtes dites « celtiques », qui marquent en réalité la mi-saison solaire (1) : un moment, un jour, une période symbolique, inscrit dans un calendrier lié à l’horizon repère.

    Mon hypothèse était que l’astre le plus lumineux et le plus grand en diamètre apparent (le Soleil ½ ° de diamètre apparent, en laissant de côté la Lune) symbolisait et marquait, par son lever et son coucher, une période singulière de l’année solaire. Ces levers et couchers s’aligneraient sur les axes principaux du sanctuaire, eux-mêmes orientés vers des géosymboles de l’horizon Arverne (le Puy de Saint-Romain et le haut-lieu du Puy-de-Dôme). Je n’allais pas jusqu’à invoquer de manière forte le lever ou le coucher d’étoiles, même si certaines des plus brillantes étaient évoquées dans mon article. Je restais prudent, notamment en raison de l’extinction atmosphérique à très faible hauteur… y compris pour les levers, couchers héliaques (et acronyques) dont les dates au jour près peuvent être discutables.

    L’étude de la SAB sur le tumulus (incinération de l’âge du bronze final 900 BC) de Derrière-Cours à Concœur-Corboin évoque des visées repères sur de petites pierres plates au bord irréguliers, levées, plantées au ras du sol avec une dimension de site très modeste d’une dizaine de mètres (8m et 11m). Le tumulus était dans un état probablement lacunaire après 3000 ans d’exposition et d’érosion (décrit comme un pierrier). En multipliant ainsi les cibles astronomiques potentielles sur les pierres levées autour, ils augmentent de façon exponentielle la probabilité de trouver une correspondance due au pur hasard. Plusieurs étoiles lumineuses peuvent correspondre sur une série de pierres levées aux bords irréguliers et plus ou moins perpendiculaires au sol, de plus, tantôt en exploitant le bord nord, tantôt bord sud. On peut imaginer la position inconfortable de l’architecte, l’oreille collée à la terre, au centre du cercle de pierres levées, visant avec son œil directeur les étoiles au lever ou au coucher, à travers les arêtes irrégulières des pierres. Ne faudrait-il pas réaliser un modèle photogrammétrique précis et sérieux de la fouille afin de déterminer les véritables orientations spatiales en 3D, sur tous les bords et le long des arêtes des pierres levées concentriques ? Il faut aussi considérer par la suite la ligne d’horizon en arrière-plan. Eric CHARIOT dispose t-il des données pour calculer ce modèle 3D rigoureux ? Ces pierres plates piquées en terre n’ont-elles pas bougées ou été déplacées, ou ne se sont-elles pas inclinées en 3000 ans ? En tous les cas, Eric CHARIOT et la SAB évoquent sur leurs documents publiés, un lien avec les étoiles Caph, Phact, Véga, Arcturus, les Pléiades, Bellatrix, Alnitak, Rigel, Antarès, le solstice d’hiver, sur les bords d’environ 13 pierres levées (2) sur les environ 68 des couronnes de pierres concentriques (encore présentes et survivantes malgré le temps). Pourquoi uniquement 13 sur 68 ? Pourquoi les 55 autres pierres ne sont pas utilisées pour l’astronomie ? Quelle est leur fonction ? C’est l’exemple parfait de ce que Vincent GUICHARD critiquait : en cherchant suffisamment et de manière imprécise et sélective, on finit toujours par trouver.

    Éric CHARIOT, animateur de la Société Astronomique de Bourgogne, partage et incarne sa passion pour sa découverte qu’il juge exceptionnelle : le tumulus “astronomique” de Concœur-Corboin. Il remet ensuite en question notre hypothèse selon laquelle l’éclipse lunaire aurait influencé l’engagement total de l’armée de secours à Alésia. Source : chaîne YouTube de la SAB https://www.youtube.com/watch?v=Id8EmbGuEX8.

    Mais pourquoi pas ! Eric CHARIOT a peut-être visé juste et découvert l’incinération du plus vieil astronome “français”… qui sait ! Avec la caution scientifique et archéologique de Monsieur Vincent GUICHARD, peut-être ? Nous l’ignorons mais cette question est essentielle pour l’histoire de l’archéo-astronomie.

    Vincent GUICHARD, qui nous déclarait en 2011 « C’est vrai que je serai dur à convaincre… Bravo si vous y arrivez ! », est-il aujourd’hui convaincu par l’enquête passionnante de ses propres experts archéo astronomes amateurs sur ce site majeur présenté comme le « Stonehenge Bourguignon » par le journaliste de la revue grand public Ciel et Espace ?

    Nous l’espérons vivement !

    Car si l’analyse de la SAB sur le tumulus de l’âge du Bronze dit “Olivier” à Concoeur est juste, que le site fonctionne comme un véritable planétarium complet ou un observatoire primitif, cela prouve que la paléoastronomie est une discipline légitime. Et si un site bourguignon présente autant d’alignements célestes intentionnels, il n’y a aucune raison de penser que ce n’était pas le cas ailleurs qu’en Bourgogne !

    Peut-être, au fond, cette relecture critique aura-t-elle servi, à son insu, à valider la pertinence de notre propre démarche.

    (1) Lorsque la longitude écliptique λ du Soleil est proche de 45°, 135°, 225° et 315° , ou les déclinaisons solaires des crossquarter days en anglais. Équinoxes de printemps λ=0°, équinoxe d’automne λ=180°, solstices d’été λ=90°, solstice d’hiver λ=270°.

    (2) Tumulus dit “Olivier” à Concœur-Corboin près de Nuits-Saint-Georges, étudié par Eric CHARIOT (SAB)

    Thévenot J. P. Bourgogne. In: Gallia préhistoire, tome 21, fascicule 2, 1978. pp. 573-604

    ANNEXES

    Recension

    Jean-Paul BRETHENOUX : https://jeanpaulbrethenoux.fr/site/2019/12/les-derniers-jours-du-siege-dalesia-22-27-septembre-52-av-j-c/ 

    La genèse de l’hypothèse éclipse de lune

    Depuis plusieurs années, je (David ROMEUF, second auteur) travaillait sur le calendrier gaulois de Coligny et j’avais produit des simulations jour par jour, incluant les phases lunaires et les évements astronomiques importants comme les éclipses de Soleil et de Lune.

    En octobre 2012, en écoutant l’émission Le Salon Noir sur France Culture « Et la Gaule s’effondra : Alésia », Jean-Louis BRUNAUX évoquait la reddition de Vercingétorix le 27 septembre 52 av. J.-C., suite à la défaite lors de la troisième bataille. Il précisait que cette date avait été déterminée en fonction de la pleine lune du 26 septembre.

    Intrigué par cette précision d’une date au jour près et une phase lunaire, je vérifiais dans mes simulations de siècles gaulois hypothétique. J’ai alors constaté une particularité remarquable : il s’agissait d’une nuit de pleine lune marquée aussi et surtout par une éclipse totale de lune, ce qui n’est pas un événement astronomique banal.

    Dans l’émission, Jean-Louis BRUNAUX mentionnait la pleine lune, mais pas l’éclipse. Je l’ai donc contacté le 8 mars 2013 pour l’en informer avec mon questionnement sur l’influence, l’impact d’un tel événement sur les gaulois. Il m’en a remercié.

    Le 19 juin 2014, j’ai partagé l’information dans le forum de l’Arbre Celtique et sollicité l’avis des érudits du forum. Mon post a généré de nombreuses interventions. Le texte de Polybe sur l’aspect néfaste des éclipses de lune pour les gaulois, en est ressorti.

    En octobre 2017, je lis l’ouvrage d’Alain DEYBER sur Vercingétorix. Page 94 l’auteur s’interroge sur la raison pour laquelle une partie de l’armée de secours resta au camp dans l’inaction, ne s’engagea pas dans l’attaque finale… Je décide alors de l’informer à propos de la date du 27 septembre 52 BC avec les arguments de Camille JULLIAN sur la nuit claire, et le texte de Polybe sur l’impact d’une éclipse de lune sur les gaulois. Alain DEYBER qui s’interroge depuis des années sur cette question d’inaction d’une partie de l’armée de secours (peut compréhensible sur le plan militaire comme nombre d’auteurs l’ont écrit), y voit une hypothèse intéressante pour l’expliquer.

    Quelques mois plus tard, Alain DEYBER m’a convaincu de coécrire notre ouvrage sur les derniers jours du siège d’Alésia.

    Exemples de textes anachroniques et d’interprétations temporelles non rationnelles

    « Cométographie ou traité historique et théorique des comètes » de PINGRE :

    « Le Soleil parcourant l’Écrevisse, dit un auteur Byzantin, fut éclipsé vers le milieu du jour. (Il s’agit bien certainement de l’éclipse du 3 Juin 1239, le Soleil étant dans les Gémeaux, non dans l’Écrevisse). L’Impératrice me demanda la raison de cet obscurcissement du Soleil ….. Cette Princesse mourut quelque temps après, et je ne doute point que sa mort n’ait été annoncée par cette éclipse du Soleil . Six mois avant sa mort, on avoit aussi observé dans la partie boréale du ciel, une Comète de l’espèce de celles que nous appelons barbues elle dura trois mois ; elle n’étoit point arrêtée à une seule partie du ciel ; elle en parcourut plusieurs durant le temps de son apparition. Cette Comète peut avoir paru vers le commencement de 1240 .» pages 403-404.

    « Je conviens cependant que plusieurs d’entre eux ont pu rapporter, par erreur, à l’année de la mort de Philippe l’observation d’une Comète vue l’année précédente, et regardée comme un présage de cette mort ; mais l’erreur n’a pu être générale. Gaguin donne pour pronostics de la mort de Philippe – Auguste une Éclipse (totale) de Lune, arrivée l’année précédente entre minuit et le lever de l’aurore (le 22 Octobre 1222), une Comète observée en l’année Gaguin, LVI. même de la mort de ce Prince, donc en l’année 1223. » page 400.

    Passages de la Guerre des Gaules qui évoquent des croyances ou des superstitions

    Livre 1

        ◦ Chapitre 12: Les Helvètes sont défaits en partie par un « dessein des dieux immortels » : « Ainsi, soit effet du hasard, soit dessein des dieux immortels, la partie de la nation helvète qui avait infligé aux Romains un grand désastre fut la première à être punie. »

        ◦ Chapitre 14: César fait référence à la croyance que les dieux accordent une impunité temporaire avant de punir les criminels : « Car les dieux immortels, pour faire sentir plus durement les revers de la fortune aux hommes dont ils veulent punir les crimes, aiment à leur accorder des moments de chance et un certain délai d’impunité. »

    Livre 3

        ◦ Chapitre 31: Les Atuatuques expriment leur croyance en l’aide divine des Romains en guerre, impressionnés par leur ingénierie : « Ils ne pouvaient pas croire que les Romains ne fussent pas aidés par les dieux dans la conduite de la guerre, puisqu’ils étaient capables de faire avancer si vite des machines d’une telle hauteur ».

    Livre 4

        ◦ Chapitre 25: Un porte-aigle romain fait une prière aux dieux avant un assaut : « alors celui qui portait l’aigle de la dixième légion, après avoir demandé aux dieux que son initiative fût favorable à la légion : « Camarades, s’écria-t-il d’une voix forte, sautez à la mer, si vous ne voulez pas livrer votre aigle à l’ennemi moi, du moins, j’aurai fait mon devoir envers Rome et envers notre général. » »

    Livre 5

        ◦ Chapitre 6: Dumnorix refuse de naviguer, invoquant des devoirs religieux et une peur de la mer : « Il n’avait pas l’habitude de naviguer et redoutait la mer ; il était retenu par des devoirs religieux… »

        ◦ Chapitre 52: César attribue le succès à la protection des dieux immortels : « Ce malheur, qui est dû aux fautes et à la légèreté d’un légat, doit d’autant moins les troubler que, par la protection des dieux immortels et grâce à leur propre vaillance, l’affront est vengé la joie de l’ennemi a été courte, et leur tristesse ne doit pas durer plus longtemps. »

    Livre 6

        ◦ Chapitre 13: Ce chapitre détaille la classe des druides, leur rôle religieux, judiciaire et éducatif, l’interdiction des sacrifices comme peine la plus grave, et leur organisation sous un chef unique. Il mentionne aussi l’origine bretonne de leur doctrine : « L’ensemble de la Gaule était divisé en deux factions… Partout en Gaule il y a deux classes d’hommes qui comptent et sont considérés… L’une est celle des druides… Les premiers s’occupent des choses de la religion, ils président aux sacrifices publics et privés, règlent les pratiques religieuses… Ce sont les druides, en effet, qui tranchent presque tous les conflits entre États ou entre particuliers… un particulier ou un peuple ne s’est-il pas conformé à leur décision, ils lui interdisent les sacrifices. C’est chez les Gaulois la peine la plus grave… Tous ces druides obéissent à un chef unique… On croit que leur doctrine est née en Bretagne, et a été apportée de cette île dans la Gaule… »

        ◦ Chapitre 14: Suite sur les druides, leurs privilèges, leur méthode d’enseignement (apprentissage par cœur sans écriture pour préserver le secret et la mémoire), et leur croyance fondamentale en la transmigration des âmes : « Ils estiment que la religion ne permet pas de confier à l’écriture la matière de leur enseignement… Le point essentiel de leur enseignement, c’est que les âmes ne périssent pas, mais qu’après la mort elles passent d’un corps dans un autre ; ils pensent que cette croyance est le meilleur stimulant du courage, parce qu’on n’a plus peur de la mort. »

        ◦ Chapitre 16: La forte religiosité des Gaulois et la pratique des sacrifices humains pour apaiser les dieux : « Tout le peuple gaulois est très religieux ; aussi voit-on ceux qui sont atteints de maladies graves, ceux qui risquent leur vie dans les combats ou autrement, immoler ou faire vœu d’immoler des victimes humaines, et se servir pour ces sacrifices du ministère des druides ; ils pensent, en effet, qu’on ne saurait apaiser les dieux immortels qu’en rachetant la vie d’un homme par la vie d’un autre homme, et il y a des sacrifices de ce genre qui sont d’institution publique. Certaines peuplades ont des mannequins de proportions colossales, faits d’osier tressé, qu’on remplit d’hommes vivants : on y met le feu, et les hommes sont la proie des flammes. »

        ◦ Chapitre 17: Description des principaux dieux gaulois (assimilés aux dieux romains) et des pratiques de dédicace du butin de guerre : « Le dieu qu’ils honorent le plus est Mercure : ses statues sont les plus nombreuses… Après lui, ils adorent Apollon, Mars, Jupiter et Minerve… Quand ils ont résolu de livrer bataille, ils promettent généralement à ce dieu le butin qu’ils feront ; vainqueurs, ils lui offrent en sacrifice le butin vivant et entassent le reste en un seul endroit. »

        ◦ Chapitre 18: La croyance gauloise d’être issus de Dis Pater et leurs méthodes de calcul du temps basées sur les nuits : « Tous les Gaulois se prétendent issus de Dis Pater : c’est, disent-ils, une tradition des druides. En raison de cette croyance, ils mesurent la durée, non pas d’après le nombre des jours, mais d’après celui des nuits ; les anniversaires de naissance, les débuts de mois et d’années, sont comptés en faisant commencer la journée avec la nuit. »

        ◦ Chapitre 19: Les pratiques funéraires gauloises, y compris la crémation d’êtres vivants avec le défunt : « Les funérailles sont, relativement au degré de civilisation des Gaulois, magnifiques et somptueuses ; tout ce qu’on pense que le mort chérissait est porté au bûcher, même des êtres vivants, et, il n’y a pas longtemps encore, la règle d’une cérémonie funèbre complète voulait que les esclaves et les clients qui lui avaient été chers fussent brûlés avec lui. »

        ◦ Chapitre 23: Le respect sacré de l’hospitalité chez les Germains : « Ne pas respecter un hôte, c’est à leurs yeux commettre un sacrilège : ceux qui, pour une raison quelconque, viennent chez eux, ils les protègent, leur personne leur est sacrée ; toutes les maisons leur sont ouvertes et ils ont place à toutes les tables. »

        ◦ Chapitre 30 : « Le pouvoir de la Fortune est grand en toutes choses, et spécialement dans les événements militaires. Ce fut un grand hasard, en effet, qui permit à Basilus (Lucius Minucius Basilus) de tomber sur Ambiorix à l’improviste, sans même qu’il fût en garde, et de paraître aux yeux de l’ennemi avant que la rumeur publique ou des messagers l’eussent averti de son approche ; mais ce fut pour Ambiorix une grande chance que de pouvoir, tout en perdant la totalité de son attirail militaire, ses chars et ses chevaux, échapper à la mort. » « C’est ainsi qu’il fut successivement mis en péril et sauvé par la toute-puissance de la Fortune. »

        ◦ Chapitre 42 : « Par ailleurs il estima que le rôle de la Fortune avait été grand dans la soudaine arrivée des ennemis, et qu’elle était intervenue plus puissamment encore en écartant les Barbares du retranchement et des portes quand ils en étaient presque maîtres. »

    Livre 7

        ◦ Chapitre 2: L’importance des serments solennels autour des étendards gaulois : « que du moins, disent-ils, on s’engage par des serments solennels, autour des étendards réunis en faisceau – cérémonie qui noue, chez eux, le plus sacré des liens – à ne pas les abandonner une fois les hostilités commencées. »

        ◦ Chapitre 89 : « Vercingétorix convoque l’assemblée il déclare que cette guerre n’a pas été entreprise par lui à des fins personnelles, mais pour conquérir la liberté de tous ; puisqu’il faut céder à la Fortune, il s’offre à eux, ils peuvent, à leur choix, apaiser les Romains par sa mort ou le livrer vivant. »

    Livre 8

        ◦ Chapitre 37: Les soldats romains sont saisis d’une idée superstitieuse liée au lieu où Cotta et Titurius étaient morts : « la plupart sont effrayés par une idée superstitieuse que les lieux à ce moment leur suggèrent : ils se représentent la catastrophe de Cotta (Lucius Aurunculeius Cotta) et de Titurius, qui sont morts dans ce même poste. »

        ◦ Chapitre 43: Les assiégés attribuent l’assèchement soudain d’une source à la volonté divine, plutôt qu’à l’ingéniosité humaine : « Alors la source, qui ne tarissait jamais, fut brusquement à sec, et les assiégés se sentirent du coup si irrémédiablement perdus qu’ils virent là l’effet non de l’industrie humaine, mais de la volonté divine. »Ces passages montrent que César, ou les commentateurs de ses guerres (comme Aulus Hirtius), attribuent une influence significative à la Fortune (personnification du hasard, du destin et de la chance) dans l’issue des batailles et des événements, parfois en la distinguant du simple hasard ou en la reliant à une intervention divine. La Fortune est souvent présentée comme une force imprévisible qui peut accorder la victoire ou infliger des revers, soulignant la nature incertaine de la guerre.

    Liste des passage de la Guerre des Gaules où la phase de la Lune est invoquée

    Livre 1, Chapitre 50: « César (Caius Julius Caesar) demanda aux prisonniers pourquoi Arioviste ne livrait pas une bataille générale ; il apprit que, suivant la coutume des Germains, leurs femmes devaient, en consultant le sort et en rendant des oracles, dire s’il convenait ou non de livrer bataille ; or, elles disaient que les destins ne permettaient pas la victoire des Germains s’ils engageaient le combat avant la nouvelle lune. »

    Livre 4, Chapitre 29: « Le sort voulut que cette même nuit ce fût pleine lune, moment où les marées de l’océan sont les plus hautes ; et les nôtres ignoraient la chose. »

    Livre 6, Chapitre 18: « Tous les Gaulois se prétendent issus de Dis Pater : c’est, disent-ils, une tradition des druides. En raison de cette croyance, ils mesurent la durée, non pas d’après le nombre des jours, mais d’après celui des nuits ; les anniversaires de naissance, les débuts de mois et d’années, sont comptés en faisant commencer la journée avec la nuit. » Ce passage, bien que ne mentionnant pas directement la lune, décrit une méthode de mesure du temps par les Gaulois qui privilégie les nuits, ce qui est souvent associé à des systèmes calendaires ou des pratiques liées aux cycles lunaires.

    Livre 6, Chapitre 21: « Les mœurs des Germains sont très différentes. En effet, ils n’ont pas de druides qui président au culte des dieux et ils font peu de sacrifices. Ils ne comptent pour dieux que ceux qu’ils voient et dont ils éprouvent manifestement les bienfaits, le Soleil, Vulcain, la Lune ; les autres, ils n’en ont même pas entendu parler. »

    Liste où des éléments temporels astronomiques sont évoqués dans la Guerre des Gaules

    Voici une liste des passages de « La Guerre des Gaules » où sont évoqués des repères temporels astronomiques, des phases lunaires, des cycles saisonniers liés aux astres, ou des pratiques de mesure du temps qui en découlent :

    Nouvelle lune

        ◦ [L1,C50] « Comme César (Caius Julius Caesar) s’enquérait des prisonniers pourquoi Arioviste refusait de combattre, il apprit que c’était la coutume chez les Germains de faire décider par les femmes, d’après les sorts et les règles de la divination, s’il fallait ou non livrer bataille, et qu’elles avaient déclaré toute victoire impossible pour eux, s’ils combattaient avant la nouvelle lune. »

    Pleine lune

        ◦ [L4,C29] « Il se trouva que cette nuit-là même la pleine lune, époque ordinaire des plus hautes marées de l’Océan. Nos soldats l’ignoraient. »

    Équinoxes

        ◦ [L4,C36] « …car il ne voulait pas, l’équinoxe étant proche, s’exposer aux dangers de l’hiver avec des vaisseaux en mauvais état. »

        ◦ [L5,C23] « …car on approchait de l’équinoxe, se vit forcé d’embarquer ses troupes plus à l’étroit ; survint un grand calme, et, levant l’ancre au début de la deuxième veille, il atteignit la terre au lever du jour, avec tous ses vaisseaux intacts. »

    Solstice d’hiver et durée de la nuit

        ◦ [L5,C13] (Concerne la Bretagne) « …dont quelques écrivains ont dit qu’elles étaient, vers la saison de l’hiver, privées de la lumière du soleil pendant trente jours continus. …nous observâmes seulement, au moyen de certaines horloges d’eau, que les nuits étaient plus courtes que sur le continent. »

    Étude Astronomique et Mesure du Temps Culturelle

    Étude des astres par les Druides

        ◦ [L6,C14] « En outre, ils se livrent à de nombreuses spéculations sur les astres et leurs mouvements, sur les dimensions du monde et celles de la terre, sur la nature des choses, sur la puissance des dieux et leurs attributions, et ils transmettent ces doctrines à la jeunesse. »

    Mesure du temps par les nuits (coutume gauloise)

        ◦ [L6,C18] « Tous les Gaulois se prétendent issus de Dis Pater : c’est, disent-ils, une tradition des druides. En raison de cette croyance, ils mesurent la durée, non pas d’après le nombre des jours, mais d’après celui des nuits ; les anniversaires de naissance, les débuts de mois et d’années, sont comptés en faisant commencer la journée avec la nuit. »

    Repères Temporels Liés aux Cycles Naturels et Saisons

    Saisons et événements saisonniers (maturescence des récoltes, conditions météorologiques)

        ◦ [L1,C16] « …à cause du froid… non seulement les moissons n’étaient pas mûres, mais le fourrage aussi manquait… »

        ◦ [L1,C54] « César (Caius Julius Caesar) avait en un seul été achevé deux grandes guerres il mena ses troupes prendre leurs quartiers d’hiver chez les Séquanes un peu avant que la saison l’exigeât… »

        ◦ [L2,C2] « …au début de l’été, il envoya son légat Quintus Pédius (Quintus Pedius) les conduire dans la Gaule ultérieure. Lui-même (Caius Julius Caesar) rejoint l’armée dès qu’on commence à pouvoir faire du fourrage. »

        ◦ [L3,C9] « …dès que la saison le lui permit, se rend à l’armée. »

        ◦ [L3,C27] « …se fiant à la saison avancée, car on était aux approches de l’hiver… »

        ◦ [L3,C28] « …bien que l’été fût déjà près de sa fin… »

        ◦ [L3,C29] « …le temps se gâta si fort qu’il fallut interrompre le travail et que, la pluie ne cessant pas, il devint impossible de garder plus longtemps les hommes sous la tente. En conséquence, après avoir ravagé toute la campagne, brûlé les bourgs et les fermes, César (Caius Julius Caesar) ramena son armée et lui fit prendre ses quartiers d’hiver… »

        ◦ [L4,C4] « …vécurent de leurs provisions pendant le reste de l’hiver. »

        ◦ [L4,C20] « César (Caius Julius Caesar) n’avait plus devant lui qu’une petite partie de l’été ; bien que dans ces régions – car toute la Gaule est tournée vers le nord – les hivers soient précoces… »

        ◦ [L4,C22] « …la saison était trop avancée pour leur faire la guerre… »

        ◦ [L4,C29] « …aucune provision de blé n’avait été faite pour passer l’hiver dans ce pays. »

        ◦ [L4,C30] « …traîner les choses jusqu’à l’hiver… »

        ◦ [L4,C38] « César (Caius Julius Caesar) fit hiverner toutes ses légions chez les Belges. »

        ◦ [L5,C1] « …comme il avait coutume de faire chaque année… »

        ◦ [L5,C7] « …retenu au port environ vingt-cinq jours par le chorus, vent qui souffle le plus souvent, en toute saison, sur ces côtes… »

        ◦ [L5,C22] « …voyait l’été déjà avancé… »

        ◦ [L5,C24] « …cette année la récolte de blé, en raison de la sécheresse, était maigre en Gaule, il fut contraint d’organiser l’hivernage de ses troupes autrement que les années précédentes. »

        ◦ [L5,C53] « …résolut d’y rester pendant tout l’hiver. » ; « De tout l’hiver, César (Caius Julius Caesar) n’eut pour ainsi dire pas un moment de répit… »

        ◦ [L6,C3] « Donc, avant que l’hiver fût achevé… Aux premiers jours du printemps… »

        ◦ [L6,C29] « Comme les blés commençaient à mûrir… »

        ◦ [L6,C31] « îles que forment d’ordinaire les marées » (lié aux cycles lunaires et terrestres).

        ◦ [L6,C43] « …la saison avancée et les pluies les avaient couchées… »

        ◦ [L7,C32] « L’hiver étant à sa fin, et la saison même l’appelant en campagne… »

        ◦ [L7,C55] « …la fonte des neiges avait provoqué une crue du fleuve… »

        ◦ [L8,C4] « …la saison des jours courts, dans des étapes très difficiles, par des froids intolérables… »

        ◦ [L8,C5] « …aux rigueurs de l’âpre saison où l’on était alors… difficultés de l’hiver… »

        ◦ [L8,C43] « …la saison avancée et les pluies et les orages… »

        ◦ [L8,C46] « …y employer la fin de la saison. » ; « …passa l’hiver à Némétocenna. »

    Dates Calendaires Spécifiques (liées aux cycles solaires)

    [L1,C6] « Ce jour était le 5 des calendes d’avril [28 mars], sous le consulat de Lucius Pison (Lucius Calpurnius Piso Caesoninus 58 BC) et d’Aulus Gabinius (Aulus Gabinius). »

    [L1,C7] « …eussent à revenir aux ides d’avril. »

    [L8,C2] « …la veille des calendes de janvier… » 

    Heures Spécifiques de la Journée/Nuit (déterminées par le soleil/rotation terrestre)

    [L1,C21] « …au cours de la troisième veille… », « …pendant la quatrième veille… »

    [L1,C26] « …dura de la septième heure du jour jusqu’au soir. » ; « …fort avant dans la nuit… » ; « …durant cette nuit-là ils marchèrent sans arrêt ; le quatrième jour, sans jamais avoir fait halte un moment la nuit… »

    [L1,C27] « …sortirent du camp des Helvètes aux premières heures de la nuit… »

    [L1,C41] « …partit au cours de la quatrième veille… »

    [L1,C50] « …rentrer l’armée vers le milieu du jour. » ; « Au coucher du soleil… »

    [L2,C7] « En pleine nuit… »

    [L2,C11] « …pendant la deuxième veille… », « Au petit jour… », « au coucher du soleil… »

    [L2,C33] « …Quand vint le soir… », « …à la troisième veille… » ; « Le lendemain… »

    [L3,C15] « …qui avait duré depuis la quatrième heure du jour environ jusqu’au coucher du soleil. »

    [L3,C18] « …pas plus tard que la nuit suivante… »

    [L3,C26] « …la nuit était fort avancée… »

    [L4,C4] « …refaisant tout ce trajet en une nuit… » ; « …pendant le reste de l’hiver. »

    [L4,C23] « …leva l’ancre aux environs de la troisième veille… », « …vers la quatrième heure du jour… », « …jusqu’à la neuvième heure… »

    [L4,C28] « …cette même nuit… »

    [L4,C31] « …que la nuit même n’interrompait pas. »

    [L4,C36] « …peu après minuit… »

    [L5,C8] « …leva l’ancre au coucher du soleil. », « …vers minuit le vent tomba… », « …quand le jour parut… », « …vers midi… »

    [L5,C11] « …environ dix jours d’un labeur que la nuit même n’interrompait pas. »

    [L5,C23] « …levant l’ancre au début de la deuxième veille, il atteignit la terre au lever du jour… »

    [L5,C31] « On continue de discuter jusqu’au milieu de la nuit. Enfin Cotta, très ému, se rend… Au petit jour, ils quittent le camp… »

    [L5,C35] « …on se battait depuis le lever du jour et on était à la huitième heure… »

    [L5,C37] « …Jusqu’à la fin du jour ils soutiennent péniblement l’assaut ; à la nuit, n’ayant plus aucun espoir, tous jusqu’au dernier se donnent la mort. »

    [L5,C38] « …nuit et jour marche sans arrêt… »

    [L5,C40] « Pendant la nuit… », « Le jour suivant… », « Même chose les jours suivants. », « Pendant la nuit, on travaille sans relâche… », « chaque nuit… »

    [L5,C42] « Le septième jour du siège… »

    [L5,C43] « Le septième jour du siège… », « Cette journée fut de beaucoup la plus dure pour nos troupes… »

    [L5,C46] « …reçu la lettre vers la onzième heure du jour… », « …la légion doit partir au milieu de la nuit… »

    [L5,C47] « Ayant appris vers la troisième heure par les éclaireurs… »

    [L5,C48] « …le trait allât se planter dans une tour, où il reste deux jours sans que les nôtres le remarquent : le troisième jour… » ; « Le message est remis vers minuit… » (dans Nisard)

    [L5,C49] « …Le lendemain, au point du jour… »

    [L5,C50] « Ce jour-là il y eut de petits engagements… », « Au lever du jour… »

    [L5,C52] « …rejoint Cicéron (Quintus Tullius Cicero) le jour même… »

    [L5,C53] « …après la neuvième heure du jour, avant minuit une clameur s’élevait aux portes du camp… »

    [L5,C58] « …passe la plus grande partie de la journée ;… à l’approche du soir… »

    [L6,C7] « …le lendemain, au lever du jour, il s’en ira. » ; « …pendant la nuit… » ; « …avant le jour… »

    [L7,C3] « …au lever du jour fut connu avant la fin de la première veille chez les Arvernes… »

    [L7,C9] « …sans s’arrêter ni de jour ni de nuit… »

    [L7,C11] « Le second jour… », « le troisième jour… », « en deux jours César (Caius Julius Caesar) y fut. », « …l’heure avancée lui interdisant de commencer l’attaque, il la remet au lendemain… », « …à la faveur de la nuit… », « …peu avant minuit… », « au petit jour… »

    [L7,C18] « …au milieu de la nuit, en silence, il sortit… et parvint le matin au camp des ennemis. »

    [L7,C24] « …en vingt-cinq jours ils construisirent une terrasse… », « …quand peu avant la troisième veille on remarqua qu’une fumée s’élevait… » ; « Le reste de la nuit s’était écoulé… »

    [L7,C26] « …dans le silence de la nuit, ils espéraient y réussir… », « …la nuit venue… »

    [L7,C41] « …trois heures de la nuit… » ; « …avant le lever du soleil. »

    [L7,C42] « …harcelés sans relâche sur la route, ils sont dépouillés de tous leurs effets ; ceux qui résistent sont assaillis nuit et jour… »

    [L7,C45] « …au milieu de la nuit, plusieurs escadrons… », « Au point du jour… »

    [L7,C47] « …ce jour-là au milieu de ses hommes… »

    [L7,C56] « …à très fortes étapes de jour et de nuit… »

    [L7,C58] « …sortit sans bruit de son camp à la troisième veille… »

    [L7,C60] « …ayant réuni à la tombée du jour un conseil… », « …après la première veille on descende en silence le fleuve… », « …au milieu de la nuit… »

    [L7,C61] « …presque au même instant, un peu avant le jour… »

    [L7,C62] « Au lever du jour toutes nos troupes avaient franchi le fleuve… »

    [L7,C71] « Vercingétorix décide de faire partir nuitamment tous ses cavaliers… », « pendant la deuxième veille… »

    [L7,C77] « …le jour où ils attendaient du secours était expiré… », « …travaux de jour et de nuit… »

    [L7,C79] « Le lendemain… »

    [L7,C81] « Après un jour employé par les Gaulois… », « …au milieu de la nuit… », « Dans le même temps… », « Comme la nuit empêchait de se voir… »

    [L7,C82] « …le jour approcher… »

    [L7,C83] « …ils fixent l’heure de l’attaque au moment où l’on verra qu’il est midi. », « Il sortit du camp à la première veille ; ayant à peu près terminé son mouvement au lever du jour… »

    [L7,C86] « …de ce jour, de cette heure dépend le fruit de tous les combats précédents. »

    [L8,C4] « …après une absence de quarante jours. »

    [L8,C12] « Chaque jour on procédait de la sorte… », « le lendemain… »

    [L8,C23] « La nuit suivante… »

    [L8,C34] « …la nuit suivante… » ; « …plus d’une fois, des expéditions nocturnes… »

    [L8,C35] « …vers la dixième heure de la nuit… », « …aux premières lueurs du jour. »

    [L8,C36] « …tous les jours précédents… »

    [L8,C37] « …cinq jours qu’il n’avait pas pris de nourriture. »

    [L8,C41] « …cette nuit-là… »

    [L8,C43] « …à la faveur de la nuit… »

    [L8,C48] « …l’année précédente… », « …l’année suivante… »

    Liste des dates Romaines citées dans la Guerre des Gaules

    D’après les Livres 7 et 8 des commentaires de Jules César sur la Guerre des Gaules, la seule date romaine spécifique (calendes, ides, nones) mentionnée est la suivante :

    La veille des calendes de janvier

        ◦ Contexte dans les sources :

            ▪ César quitte Bibracte la veille des calendes de janvier pour rejoindre la treizième légion. Marcus Antonius (Marc Antoine), son questeur, prend le commandement de ses quartiers d’hiver.

        ◦ Passage du texte :

            ▪ « 2. César (Caius Julius Caesar) ne voulut pas laisser les Gaulois se fortifier dans cette idée : confiant à son questeur Marcus Antonius (Marcus Antonius) le commandement de ses quartiers d’hiver, il quitte Bibracte, la veille des calendes de janvier, avec une escorte de cavaliers, pour rejoindre la treizième légion, qu’il avait placée à proximité de la frontière héduenne, dans le pays des Bituriges ; il lui adjoint la onzième, qui était la plus voisine. Laissant deux cohortes de chacune à la garde des bagages, il emmène le reste des troupes dans les plus fertiles campagnes des Bituriges : ce peuple avait un vaste territoire, où les villes étaient nombreuses, et l’hivernage d’une seule légion n’avait pu suffire à l’empêcher de préparer la guerre et de former des complots. » [L8,C2]

    Les Livres 7 et 8 contiennent également de nombreuses références à des jours relatifs (comme « le lendemain », « le second jour », « chaque jour ») ou à des durées (« quarante jours », « dix-huit jours »), mais celles-ci ne sont pas des dates calendaires romaines spécifiques attestées comme les calendes, ides ou nones.

    Comparaison : Religion romaine vs religion gauloise (Ier siècle av. J.-C.)

    Il existe une différence de nature profonde entre la religion des Gaulois et celle des Romains à l’époque de Jules César. Bien que ces deux systèmes soient issus de racines indo-européennes communes, ils ont évolué vers des modèles sociaux et spirituels distincts. Il faut toutefois rappeler une limite importante : la religion romaine est abondamment documentée par des sources internes, tandis que la religion gauloise pré-conquête est surtout connue par le regard extérieur d’auteurs romains et par l’archéologie, complétée par l’épigraphie gallo-romaine postérieure.

    1. La religion romaine : un système civique, rituel et domestique

    La religion romaine est à la fois une religion de la cité et une religion de la maison. Elle est fortement ritualiste et juridique : elle vise à maintenir la Pax Deorum (la paix des dieux), condition sine qua non de la prospérité collective.

    • Le contrat avec le divin : Les dieux sont des partenaires. On pratique le do ut des (« je donne pour que tu donnes ») : sacrifices, vœux et offrandes entretiennent une relation de réciprocité, plus proche d’un devoir rituel scrupuleux que d’un élan mystique.
    • Le formalisme et l’efficacité du rite : La réussite dépend de l’exactitude de l’exécution (prières, gestes, formules). En cas d’erreur, le rite est nul ; on doit recourir à des rites de correction ou recommencer. L’orthopraxie (faire correctement) prime sur l’orthodoxie (croire correctement).
    • Une religion de la cité : La pietas est une vertu civique. Respecter les dieux, c’est respecter l’ordre romain (res publica). Les prêtres (pontifes, augures) appartiennent souvent à l’élite sénatoriale et participent à la vie politique, encadrant le rapport officiel au sacré.
    • Divination et signes : Les décisions publiques (guerre, élections) s’appuient sur la lecture des signes (auspices, prodiges, haruspicine). Le religieux est un système de lecture du monde validant l’action politique.
    • Le sacré domestique : Dans la maison, le culte est central. On honore les Lares (protecteurs du foyer), les Pénates (garde-manger), les Manes (les morts collectifs de la famille) et le Genius du paterfamilias. Le lararium (autel domestique) structure une piété quotidienne faite de gestes simples (offrandes de nourriture, entretien du feu).
    • Pluralité et limites : À côté du religieux civique, Rome connaît des cultes importés (Isis, Cybèle). Toutefois, au Ier siècle av. J.-C., ces cultes « orientaux » sont encore souvent regardés avec suspicion par l’autorité s’ils menacent l’ordre public, contrairement aux cultes traditionnels.

    En résumé : Une religion publique et domestique, très ritualisée, qui organise la relation contractuelle entre dieux, cité et familles, cherchant la stabilité par l’exactitude du rite. Au Ier siècle av. J.-C., les prêtres romains (Pontifes, Augures) ne forment pas une classe à part : ce sont des magistrats en exercice. Jules César est Pontifex Maximus tout en étant général. La religion est une branche du droit public (ius publicum).

    2. La religion gauloise : un système sacerdotal, territorial et communautaire

    Parler de « religion gauloise » est un raccourci pour désigner un ensemble de pratiques celtiques occidentales. On dégage cependant des traits communs : un sacré ancré dans le paysage et structuré par une classe sacerdotale puissante.

    • Des spécialistes du sacré (la classe sacerdotale) : Les sources antiques distinguent généralement trois catégories, formant une élite intellectuelle supratribale. Cette tripartition provient essentiellement de sources gréco-romaines (Strabon, Diodore). César soulignent que le Druide n’est pas seulement un théologien ; c’est un magistrat suprême. En 52 av. J.-C., il est le garant du droit international gaulois. Certains chercheurs modernes nuancent cette catégorisation trop rigide :
      • Les druides : théologie, justice, enseignement, autorité morale.
      • Les vates : divination et gestion des sacrifices.
      • Les bardes : poésie, louange, mémoire historique et généalogique.
      • Gutuater (le « père de l’invocation »), mentionné à Cenabum, qui semble être un prêtre local spécifique aux sanctuaires mais il y a débat. Nom propre ou fonction ?
    • Oralité et savoir : Si l’écriture est utilisée pour le commerce, la transmission du savoir religieux est, par principe, orale. La parole est un support de mémoire et d’autorité sacrée.
    • Vision du monde : Les druides professent l’immortalité de l’âme et une forme de transmigration (métempsycose). Cela confère à la religion une dimension « cosmique » et philosophique que César lui-même reconnaît.
    • Lieux sacrés et nature : Le culte ne se limite pas aux bois sacrés (nemetons). L’archéologie révèle des sanctuaires bâtis complexes, des enclos fossoyés et l’importance des eaux (sources, marais) pour les dépôts votifs. Le sanctuaire gaulois du Ier siècle est un espace politique clos (nemeton), souvent situé aux frontières des cités (civitates), servant de lieu de marché, de tribunal et de dons (dépôts d’or).
    • Divinités : Les dieux sont souvent liés à un lieu, une tribu ou une fonction naturelle. Note importante sur les noms : César, pratiquant l’assimilation, ne cite que des noms romains (Mercure, Apollon, Mars). Les noms celtiques célèbres (Teutatès, Ésus, Taranis) nous sont rapportés principalement par des sources postérieures (comme le poète Lucain vers 39-65 au Ier s. ap. J.-C.), ce qui invite à la prudence sur leur universalité à l’époque de la conquête.
    • Les Matres/Matronae : L’importance des figures féminines de protection et de fertilité (les « Mères ») est une constante, qui s’épanouira particulièrement dans l’art gallo-romain.

    En résumé : Une religion territoriale et communautaire, structurée par une hiérarchie de spécialistes (druides, vates, bardes), où le sacré s’ancre dans les lieux, la parole et une métaphysique de l’âme.

    3. Points de convergence et de divergence

    • Polythéisme et sacrifices : Les deux cultures pratiquent le sacrifice animal. Concernant les sacrifices humains en Gaule : bien que dénoncés comme barbares par Rome, le dossier est complexe. Il faut rappeler que Rome elle-même a pratiqué ce type de rites dans son passé archaïque et en gardait des traces symboliques (ou exceptionnelles) lors de crises majeures mais les cas documentés sont rares et controversés. L’indignation romaine est donc aussi un outil de propagande.
    • L’Interpretatio Romana : Les Romains ont « traduit » les dieux gaulois en équivalents romains. Si cela a facilité l’intégration, cela masque souvent la spécificité des dieux indigènes qui n’étaient pas de simples clones de Jupiter ou Mercure.

    4. La différence structurante

    La religion romaine cherche avant tout à préserver l’État et la famille par la rigueur du droit sacré et du rite (orthopraxie). C’est une religion de l’ici-bas et de la cité.La religion gauloise semble davantage centrée sur la médiation sacerdotale (le rôle central des druides) et le lien entre la communauté, le territoire et l’au-delà, avec une spéculation plus marquée sur le devenir de l’âme.

    Comparaison des religions chez les romains et chez les gaulois/celtes.